MADAME DE SARTINES, SAKTIINES, LEGRIEL, MOUETTE
MADAME DE SARTINES, amenée ml peu malgré elle. Mais, monsieur, je ne sais d'où vient une pareille fantaisie.
SARTINES
Mais, madame, ce n'est que pour obéir à vos
ordres. Vous m'avez dit hier d'une manière si positive et si impérieuse que vous vouliez avoir des nouvelles de la conduite de M. de Givry, que je tiens à vous satisfaire : mon pari avec lui m'en fournit le moyen ; un rapport va m'ôtre fait dans un moiTient, vous l'entendrez et vous jugerez.
MADAME DE SARTINES
Hier, je pensais que vous parliez sérieuscmcni, et j'ai pu par intérêt pour votre nièce... mais aujourd'hui qu'il ne s'agit que d'une folie... je m: vois pas pourquoi...
SARTINES
Une folie! mais je trouve très-raisonnable (!■■ gagner cinq cents louis et de convaincre un jeun» étourdi de l'excellence de ma police.
MADAME DE SARTINES
Lui et d'autres pourraient être convaincus (!<■ choses bien peu importantes à savoir.
LEGRIEL, à part.
Je n'os(>rai jamais...
SARTINES
xMalgré vos façons et vos scrupules, je suis sur que vous mourez d'envie de savoir ce que ce mauvais sujet de Givry... (Apercevant Legriel qui se dirige vers la porte.) et tenez, voici justement un (]>• ses historiographes.
MADAME DE SARTINES, à part.
Ah! mon Dieu !
LEGRIEL, à part.
Je ne puis pas l'échapper !
SARTINES, apercevant, Mouette.
Et l'autre aussi! Eh bien, mes braves, sommesnous prêts?
MOUETTE, s'avanrant hardiment.
Oui, monseigneur.
LEGRIEL, à part.
Mouette a beau dire, je ne puis pas accuser
Rose.
SARTINES, à sa femme.
Asseyez-vous là, madame, et écoutez-bien. A Legriol qui est resté consterné.) Voyons, Legriel , a]!proche et commence. (Ils s'assoient.)
MADAME DE SARTINES, à part.
Mon Dieu ! que va-t-il dire?
LEGRIEL, à part.
Commence!... Ça me fait l'effet du jugement dernier; je n'ai plus de sang dans les veines, bien sur... et devant sa femme, encore!
Que diable fais-tu là, cloué à cette place? Est-ce qu'il mantiue quelque chose à ton rapport?
LEGRIEL
Oh! non, rien n'y manque! (A part.) Malheureusement. (Haut.) Monseigneur n'est pas seul. Je pensais...
SARTINES
Oh! tu poux parler devant madame; elle le désire.
LEGRIEL, à part, stupéfait.
Ah ! en voilà une qui a un drôle de goût!
ACTK SECOND.
MADAME DK S A li T I \ E S , S.' le\ant.
En vérité, monsieur, c'est trop exiger de ma complaisance, et je vous prie...
SARTINES, la faisant asseoir.
Je vous prie, moi, de m"accorder un instant. Eh bien, Legriel, qu'attends-tu donc?
Oh ! rien, monseigneur; seulement, comme c'est Mouette qui a en l'honneur de suivre M. de Givry pendant la journée, si vous le permettez, je ne parlerai qu'après lui.
C'est juste. Mouette, tu as la parole.
MOLETTE, lin papier à la main.
Voilà, monseigneur. M. le marquis est parti d'ici et s'est rendu au café Procope où il a déjeuné et mangé prodigieusement. J'étais un des garçons qui servaient M. le marquis. Au moment où je lui apportais un salmis de bécasses qui avait, ma foi, une odeur excellente, il m'a lancé un coup d'œil, et le salmis est arrivé en ligne directe sur mon habit et sur ma veste; le tout m'avait coûté quatre-vingt-dix livres; j'ai porté cela en compte.
SARTINES
C'est bon, c'est bon; poursuis.
MOUETTE
De là. M, le marquis est allé au jeu de paume de Maillard, il a fuit plusieurs parties, et n'a été ni heureux ni adroit, car les balles de M. le marquis me venaient toujours dans les jambes au lieu d'aller sur la raquette de son partner. De là... (les heures sont écrites en marge, monseigneur pourra y jeter les yeux.) De là, M. le marquis est allé chez Tliuret, le baigneur. A peine avais-je commencé de déshabiller M. le marquis, qu'il m"a reconnu, apparemment; car il m'a pris par le chef et me l'a plongé, à plusieurs reprises, liuns l'eau chaude de sa baignoire...
SARTINES
il a voulu te laver la tôte, mon pauvre Mouette.
MOUETTE, continuant.
J'ai dû suivre M. le marquis avec l'humidité que cela m'avait occasionné, et j'en aurai certainement un grosrhuinepour lequel je consommerai inlinimeiit de réglisse; je la mettrai sur mon mémoire de frais, n'est-il i)as vrai, monseigneur? s \ R T I N E s. Oui, oui; après.
MOLETTE
Ai)rès, M. le marquis s'est rendu dans la rue Cliaroluis, chez Durieux, pour se faire accommoder. Comme je présentais la boite au barbier, M. le niarcpiis, d'un mouvement de la main, m'a jeté toute la poudre à la figure, et s'en est allé. SARTINES, riant.
Ah! ah! ah!
MOUETTE, continuant.
Je n'y voyais plus; mais, à force do me frotter, j'ai rejoint M. le marquis au coin (h; la rue , et je
l'ai suivi aux Tuileries où l'on voulait m'empêcher d'entrer, me prenant pour un maçon à cause de cette poudre; mais j'ai montré mon œil. De là, M. le maïquis est allé à l'hôtel de Ponchartrain, où il a diné et mangé, toujours prodigieusement. Après le dîner, M. le marquis allait se rendre à rOpéra où je me disposais à le suivre, quand M. Legriel m'a relevé.
SARTIXES.
Allons, c'est très-bien, mon garçon ; je suis content de ton zèle. A toi, Legriel.
MOUETTE, bas à Legriel.
Il n'y a plus à reculer; n'oubliez pas mon moyen.