SCÈNE II
Les Mêmes, CAMILLE.
CAMILLE, à la cantonade.
Merci! mon ami... tiens, voilà pour ta peine... ^V Joseph.) C'est vous, Josepli ? le geôlier, le porteclefs, n'importe, je demande Ludovic... voilà mon permis, je veux le voir...
M. Ludovic... c'est qu'il est bien occupé en ce moment.
CAM IL LE
C'est égal, dites-lui qu'il vienne, que je l'attends, moi, Camille.
MARENGO, s' arrêtant dans le fond.
Hein !
JO SEP H
Mademoiselle Camille... permettez, voici une lettre que j'allais envoyer...
Une lettre pour moi, donnez, pauvre garçon ! il y a pensé, il doit être bien malheureux!... allez, allez le prévenir.
JOSEPH
J'y vais tout de suite.
M A R E X G o, qui s'est rapproché.
C(! nom, cette tournure...
CVMll.LE, qui a ouvert la lettre, li.sant.
« .Via bonne Camille, j'y suis!., des barreaux aux Il fenêtres, di-s verrous aux ])ortes, c'est alïreux, <i je ne conçois pas qu'un puisse \ivn' là-dedatis... Il j'y mourrai, j'en suis sùi'... » (Essuyant des larmes.) Oh! non, non!... ;i.isaul.) « Mais, j'ai u mérité mon malheur. »
c H OK i) R, eu ilcliors.
.l'espère Que le vin upùre.
FUETILLON.
Oui, tout est bien, mémo on prison!
Le vin m'a rendu ma raison.
C AM I LLE , se tournant du cité de la detti'. Qu'est-ce que c'est que ça?...
MAnENGO, laissant tomber son fusil.
C'est elle!...
CAMii. I. K, (jtii s'est retournée du côté de JMarengo. Un soldat !... je ne me trompe pas, c'est Marengo !...
Je vous ai fait peur, maniselle Frétillon... c'està-dire, madame... je ne sais pas comment dire...
Bah! comme vous voudrez... je n'y tiens pas. De faction ici! ah! j'en suis bien contente !... il y a si longtemps que je ne vous ai vu !...
JIARENGO.
Dame! oui, depuis le jour de l'armoire, rue de l'Échiquier...
CAMILLE
Aiu : Ce.1 postillons.
Qu'avec plaisir toujours je le retrouve ! Bon Marengo !... les amants ont leur tour, Mais, c'est pour moi d' l'amitié qu'il éprouve.
MARENGO, à part.
Etçaresscmbl' diablement à d' l'amour! (fris.)
CAMILLE
Aussi, j'y tiens plus qu'aux autres, peut-être, Un seul ami, lorsqu'on a tant d'amants, Ça change un peu... puis, on dit qu' c'est moins traître Et qu'ça dur' plus longtemps!
Mais, pourquoi n'êtes- vous pas venu me voir, Marengo?... c'est mal à vous!
MARENGO
Oh! je le voulais bien, mamselle; en arrivant à Paris... je suis été rue de la Paix...
CAMILLE
J'avais changé.
On m'a renvoyé rue de Ménars...
CAMILLE
J'avais changé.
MARE\GO
De là, rue de Rivoli...
CAMILLE
J'avais encore changé.
MARENGO
Je suis été coaime ça je ne sais où, vous aviez toujours changé; c' n'est pas comme mon amitié, qui est toujours logée au même numéro, invariable comme ma consigne... enfin, j'ai découvert que vous étiez dans la rue de mon pauvre général qu'est en train de partir pour l'autre monde, rue du Mont-Blanc, heureuse et riche, une grande dame enfin!... alors, je n'ai pas osé monter, moi, troupier sans conséquence, et je vous ai écrit...
Ah! c'est juste! votre lettre... je l'ai lue... (Marengo se détourne.) Elle m'a fait plaisir... j'ai vu que vous ne m'aviez pas oubliée.
MARENGO
Vous oublier! oh! jiunais! et il parait, mamselle, que vous venez ici...
Oh! pour quelqu'un qui est bien malheureux! je viens sécher ses larmes... lui rendre l'espérance... et...
LUDOVIC , en dehors.
C'est bien ! c'est bien !
Ah! c'est lui... Ludovic... (Elle court à lui.)
SCÈINE III.
Les Mêmes, LUDOVIC, p.iis M. DF, CÉRAN, ANATOLE, FRÉDÉRIC, FERDINAND, EDMOND.
LUDOVIC, une serviette à sa houtonnière et un verre de Champagne à la main.
Camille! (Il s'arrête.) Attends, que je vide mon verre.
Comment! monsieur... (Ludovic a vidé son verre et le jette.)
MARENGO, reprenant son fusil avec humeur. Encore lui ! (H remonte vers le fond.)
LUDOVIC
Maintenant, embrassons-nous; tiens... voilà des amis, des connaissances... en voilà... (Us entrent tous le verre à la main.)
CHŒUR
Air : C'est le plaisir.
C'est Frétillon ! {bis.)
Qu'elle vienne.
Qu'on nous l'amène ! C'est Frétillon ! {bis.) Le plaisir arrive en prison!
CAMILLE
Edmond, Frédéric, Anatole !
Ferdinand!... venez tous, venez!
M. DE CÉRAN
Toujours aimable, toujours folie!
CAMILLE
Est-ce vous qui m'environnez!
Camarades, comme naguère.
Je vous revois tous... Ah ! j'espère Que j'ai du bonheur, mes amis.
J'en cherche un, et j'en trouve six.
Reprise du chœur.
C'est Frétillon ! (fris.) etc.
c A JI I L L E.
Ma foi ! je ne m'attendais pas à trouver tant de plaisir sous les verrous !
M. D E CÉRAN
Ni moi non plus...
LES JEUNES GENS
Ni moi... ni moi!