CAMILLE, AUGUSTA
ALfiL'STA.
Eh bien, personne pour annoncer, pas un domestique?
c AM ILLE, gaîmcnt.
Comme tu vois ; ils sont tous partis... avec la fortune, et ils reviendront avec elle, quand je descendrai de ma mansarde, où je vais remonter, comme autrefois, tu sais; m'y revoilà!
ACGUSTA.
.\h : mon Dieu! que dis-tu là? Qu'est-ce que ci'ia signifie, ma chère?
CAMILLE
Cela signifie, ma chère, que j'avais de l'or, de l'argent, des billets qui m'étaient venus. Dieu sait comme, et qui s'en allaient de même; je prenais toujours sans compter, si bien qu'à mon retour de SaintoPéiagie, je me suis aperçue que j'étais au bout de mon rouleau... Mon i)ropriétaire s'est rappelé que je lui devais cinq termes, seulement ; il a mis les huissiers partout... et moi, je me suis réfugiée ici, dans ce boudoir, en attendant.
Ain : llf.ilcz, restez, troupe jolie- Ce soir, pour le cinquième éta^jo.
D'ici, je prendrai mou congé!
("est ainsi, déjà, sans bagage, Que trois fois j'ai déménagé; Du haut en bas j'ai voyagé.
A prendre un parti je suis prompte.
Sans oublier, depuis cinq ans, Ni ma gaîté, quand je remonte. Ni mes amis, quand je descends !
AUGUSTA
Comment! tu as tout mangé?
CAMILLE
Mieux que ça... j'ai tout donné.
AUGUSTA
Alors, je vois à ta nouvelle fortune que ce qu'on m'a dit pourrait bien être vrai.
CAMILLE
Qui?... qu'est-ce qu'on t'a dit?
Oh!... quelque chose d'inconcevable... ton mariage.
CAMILLE, riant.
Mon mariage!...
AUGUSTA
Et moi qui venais t'en détourner, te conseiller de n'en rien faire... un mauvais parti, ma chère...
CAMILLE
Un mauvais parti... mais ([ui donc?
AUGUSTA
Eh ! tu le sais bien... ton Ludovic... puisqu'il l'a dit... c'est avec toi assurément... il l'a annoncé à Lolotte!... cette pauvre fille, elle s'est trouvée mal !
Mon mariage! Ludovic!... as-tu perdu la tète! je n'y ai jamais pensé !
AUGUSTA
Eii bien ! il y a pensé, lui !
Pas possible !... une surprise qu'il me ménage... une bêtise!... c'est d'un bon cœur... ce cher Ludovic!... hier, en sortant de prison, il m'a bien juré qu'il n'aimerait que moi, et que jamais une autre... ah, ah, nh! ce serait drôle, n'est-ce pas?... mon mariage !... Il me semble que je me vois déjà passer avec un voile, et de la fleur d'oranger! Tu n'as jamais pensé ;ui mariage, toi ?
FRETILLON.
AUGUSTA
Si fait, quelquefois, souvent même, mais avec quelqu'un de riche, de cossu... un fils de pair di; France... un génch-al ou un danseur. Mais un jeune homme comme ton Ludovic, fi donc !
CAMILLE
Bah! il fera son chemin. (Riant.) Et si j'étais sa femme...
AU G us TA.
Oh! sa femme!... Lolotte y mettrait bon ordre.
Lolotte, comment ça?
Certainement... elle a une lettre de change de mille francs... Elle a juré par tout l'Olympe de rOpéra qu'elle poursuivrait son infidèle!...
CAMILLE
Ah ! mon Dieu!... encore... pauvre garçon!... Mais il n'en sera rien... Ah! ma chère!... je t'en prie... vois cette Lolotte... en ta qualité de diplomate, arrange cette affaire-là... paie, et que tout soit fini!
AUGUSTA
Désolée!... je n'ai pas d'argent!... tu ne sais pas, mon vieux général est mort!.,, et il ne m'a rien laissé, le traître!
CAMILLE, myslérieu.semfnt, tirant nu billet de son sein.
Tiens!... tiens!... c'est mon dernier... je l'avais sauvé pour lui... qu'il serve à- cela.
AUGUSTA
Mais, pense donc...
CAMILLE
jNon... non... je ne veux penser à rien... ce n'est pas dans mes habitudes... c'est mon ami!... mon amant!... mon mari! (Riant.) mon mari!... la drôle d'idée. Oh! jamais!...
AUGUSTA
Qu'est-ce que j'entends là!
CAMILLE
Chut !... mon propriétaire, peut-ûtre... avec ses huissiers, ses estafiers, que sais-je!...va vite, va... par ici... je t'attends...
Dame!... tant pis pour toi... ça te regarde. (Camille la fait sortir par la droite, pendant le chœur suivant.)