‹ Théâtre de Alexis de Comberousse, précédé d'une noticeChapitre 191 sur 764 · CAMILLE, AUGUSTA · texte numérisé non relu

CAMILLE, AUGUSTA

ALfiL'STA.

Eh bien, personne pour annoncer, pas un domestique?

c AM ILLE, gaîmcnt.

Comme tu vois ; ils sont tous partis... avec la fortune, et ils reviendront avec elle, quand je descendrai de ma mansarde, où je vais remonter, comme autrefois, tu sais; m'y revoilà!

ACGUSTA.

.\h : mon Dieu! que dis-tu là? Qu'est-ce que ci'ia signifie, ma chère?

CAMILLE

Cela signifie, ma chère, que j'avais de l'or, de l'argent, des billets qui m'étaient venus. Dieu sait comme, et qui s'en allaient de même; je prenais toujours sans compter, si bien qu'à mon retour de SaintoPéiagie, je me suis aperçue que j'étais au bout de mon rouleau... Mon i)ropriétaire s'est rappelé que je lui devais cinq termes, seulement ; il a mis les huissiers partout... et moi, je me suis réfugiée ici, dans ce boudoir, en attendant.

Ain : llf.ilcz, restez, troupe jolie- Ce soir, pour le cinquième éta^jo.

D'ici, je prendrai mou congé!

("est ainsi, déjà, sans bagage, Que trois fois j'ai déménagé; Du haut en bas j'ai voyagé.

A prendre un parti je suis prompte.

Sans oublier, depuis cinq ans, Ni ma gaîté, quand je remonte. Ni mes amis, quand je descends !

AUGUSTA

Comment! tu as tout mangé?

CAMILLE

Mieux que ça... j'ai tout donné.

AUGUSTA

Alors, je vois à ta nouvelle fortune que ce qu'on m'a dit pourrait bien être vrai.

CAMILLE

Qui?... qu'est-ce qu'on t'a dit?

Oh!... quelque chose d'inconcevable... ton mariage.

CAMILLE, riant.

Mon mariage!...

AUGUSTA

Et moi qui venais t'en détourner, te conseiller de n'en rien faire... un mauvais parti, ma chère...

CAMILLE

Un mauvais parti... mais ([ui donc?

AUGUSTA

Eh ! tu le sais bien... ton Ludovic... puisqu'il l'a dit... c'est avec toi assurément... il l'a annoncé à Lolotte!... cette pauvre fille, elle s'est trouvée mal !

Mon mariage! Ludovic!... as-tu perdu la tète! je n'y ai jamais pensé !

AUGUSTA

Eii bien ! il y a pensé, lui !

Pas possible !... une surprise qu'il me ménage... une bêtise!... c'est d'un bon cœur... ce cher Ludovic!... hier, en sortant de prison, il m'a bien juré qu'il n'aimerait que moi, et que jamais une autre... ah, ah, nh! ce serait drôle, n'est-ce pas?... mon mariage !... Il me semble que je me vois déjà passer avec un voile, et de la fleur d'oranger! Tu n'as jamais pensé ;ui mariage, toi ?

FRETILLON.

AUGUSTA

Si fait, quelquefois, souvent même, mais avec quelqu'un de riche, de cossu... un fils de pair di; France... un génch-al ou un danseur. Mais un jeune homme comme ton Ludovic, fi donc !

CAMILLE

Bah! il fera son chemin. (Riant.) Et si j'étais sa femme...

AU G us TA.

Oh! sa femme!... Lolotte y mettrait bon ordre.

Lolotte, comment ça?

Certainement... elle a une lettre de change de mille francs... Elle a juré par tout l'Olympe de rOpéra qu'elle poursuivrait son infidèle!...

CAMILLE

Ah ! mon Dieu!... encore... pauvre garçon!... Mais il n'en sera rien... Ah! ma chère!... je t'en prie... vois cette Lolotte... en ta qualité de diplomate, arrange cette affaire-là... paie, et que tout soit fini!

AUGUSTA

Désolée!... je n'ai pas d'argent!... tu ne sais pas, mon vieux général est mort!.,, et il ne m'a rien laissé, le traître!

CAMILLE, myslérieu.semfnt, tirant nu billet de son sein.

Tiens!... tiens!... c'est mon dernier... je l'avais sauvé pour lui... qu'il serve à- cela.

AUGUSTA

Mais, pense donc...

CAMILLE

jNon... non... je ne veux penser à rien... ce n'est pas dans mes habitudes... c'est mon ami!... mon amant!... mon mari! (Riant.) mon mari!... la drôle d'idée. Oh! jamais!...

AUGUSTA

Qu'est-ce que j'entends là!

CAMILLE

Chut !... mon propriétaire, peut-ûtre... avec ses huissiers, ses estafiers, que sais-je!...va vite, va... par ici... je t'attends...

Dame!... tant pis pour toi... ça te regarde. (Camille la fait sortir par la droite, pendant le chœur suivant.)

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