SCÈNE I
BAUDOL, .'■eul, regardant à la ft-nêlre et tenant un violon à lu main.
C'est étonnant le plaisir que j'ai à cette fenêtre quand elle est à la sienne... Voilàhuit jours que cette jeunesse est dans la maison d'à côté, et voilà huit grands jours que je soupire dans celle-ci... Ça m'incommodait, ça m'inquiétait... aussi, j'ai consulté un docteur qui traite les fraîcheurs; et ce médecin m'a dit qu'il mo donnerait une pommade (jui ferait passer tout cela... Ils ont des moyens si extraordinaires, à présent!,.. En attendant, j'ai la tête et le cœur pris... et je viens ici, chez monsieur Colaudet, un fort violon do l'Opéra (charmant petit vieux, tout à fait), pour faire des gammes... et au lieu de ça, je me livre aux passions les plus tendres... et cependant, ce bon monsieur Colaudet, je devrais bien l'écouter, lui qui veut me sortir de ma position... » Mère Bardou , » qu'il a dit, un jour qu'elle faisait sa chambre, à celle qui m'a donné l'être, « ça vous fatigue, de ve- " nir comme ça faire ma besogne, à votre âge : « envoyez-moi votre fils... il est gentil, ce petit. » Et alors, voilà comme quoi je la remplace... Oui !
Air d')Wi'fl.
Dans cett' maison, je remplace ma mère, Comm' fils, c'est naturel, je crois;
Musicien, je pense le contraire.
Et je l'avoii', c'est vexant quolquel'ois. Mais bah ! ce n'est qu'une vi^tillo ;
.l'en ai la cliargc et j'en ai les profits.
Puisque mdus somm's, dans nof famille , l''oram's de inénajç' île mère en (ils.
(Il retourne à la fenêtre.) Tiens, elle a quitti' sa fenêtre... Ah! je la vois., il y a quelqu'un avec elle! un jeune homme! c'est Julien, (|ui est comme le propre enfant de monsieur Colaudet... Je le déteste, celui-là... Sous prétexte qu'il joue très-bien du violon, monsieur (Colaudet me répète tous les jours qu'il est plus fort que moi... il n'y a rien d'aussi humiliant que ça... Comme ct'tt<' jeune fille lui parle... est-ce qu'elle l'aimcraif?... A-t-il
du bonheur! ça ne m'arriverait pas, à moi... (Il
gesticule avec son violon; Colaudet entre parle fond.)