ACTE PREMIER
que je mourrais plutôt que de lui en laisser voir quelque chose... Quel malheur de n'avoir pas été élevée dans une pension où l'on apprenne aux jeunes personnes à se conduire... Comment aurais-je pu deviner tout ce que sait Léonie? (On jette du sable contre les carreaux.) LKONIE, émue.
Ilein !
lANNY.
Qu'est-ce?
LÉONIE, se remettant.
Rien, rien.
MADAME DE PRANGEY, de sa chambrft, sans ouvrir la porte.
Eh bien! mesdemoiselles.
Ah!... c'est maman.
MADAME DE piiAXGEY, en dedans.
Est-ce que vous n'êtes pas rentrées?... qu'est-ce que cela signifie?
LÉONIE
Maman, nous achevons notre toilette de nuit.
Mais tu mens... prends donc garde.
LÉOME, bas.
Nous avons été des maladroites... il fallait éteindre la bougie... (Elle la souille.) Bonsoir, maman... c'est fini... nous nous couchons. (Il fait nuit sur le théâtre.)
MADAME DE PRANGEY, de sa chambre.
A la bonne heure... Bonsoir, à demain.
Ah! que j'ai peur!... cette pauvre tante, est-elle crédule!
LÉOME, allant à la porte de la chambre de madame de Prangey.
Elle se couche... (Revenant auprès de Fanny.) Nous sommes libres, nous pouvons babiller à notre aise... mais plus bas.
FANNY, voulant rentrer dans sa chambre.
Oh! non... rentrons, j'ai sommeil.
LÉONIE, la retenant.
J'ai encore mille choses à te dire.
FANNY, malicieusement.
Ce n'est pas cela... tu veux voir si monsieur Ernest...
LÉONIE
Quelle idée! tu sais bien que cela ne se peut pas... Causons, causons encore une minute, je t'en prie, ma petite Faiiny. (Elle la caresse pour h décider. On jette encore du sable contre les carreaux.) FANNY, surprise.
Ail! tiens.
r.ÉOME, feignant de no pas entendre.
Quoi donc?
FANNY
Tu as bien entendu. (Bruit de sable sur les carreaux plus marqué.)
LÉOME.
Non... Ah! la grêle peut-être.
FANNY, allant à la fenêtre.
Ah! bien oui, la grôle!... du sable contre les carreaux... (Bruit.) Ecoute.
LÉONIE
Oui... qu'est-ce que ce peut être?
FANNY
Eh! tu sais bien que c'est Ernest avec ton bouquet... je l'aurais gagé.
i.ÉONiE, avec beaucoup df joie qu'elle contient. Ah! mon Dieu! peut-on... quelle extravagance!
FANNY, vivement.
De l'extravagance!... dis plutôt que c^est de l'amour... Pauvre jeune homme! il m'intéresse... il aime, lui... à la bonne heure... Tu diras que je ne my connais pas, c'est vrai... mais il est de ces choses que l'on comprend si vite!... et celle-là... enfin, il t'aime tout à fait... Je vais ouvrir, n'est-ce pas? (Elle fait un pas pour y aller.) LÉONIE, l'arrête.
Pourquoi faire?
FANNY, allant à la fenêtre.
Pour qu'il te jette son bouquet.
LÉONIE, la retenant.
Non, non, cela n'est pas prudent... tout le monde n'est peut-être pas couché.
FANNY
Mais songe donc qu'il est 1;\... qu'il vient de faire une lieue pour toi... d'escalader un mur élevé., une grille... de tenter des choses... sublimes... enfin.
LÉONIE
Eh bien ! je le sais... c'est tout ce qu'il faut.
FANNY
Par exemple!... Mais lui, sait-il que tu le sais? il s'en ira triste et malheureux...
Ant : Je n'ai point rît ces bosquets de iaitriers.
y songes-tu? mais par toi défié, Bravant le danger et la peine, Il accourt de son amitié Te donner la preuve certaine.
Pour lui faire un si gr.ind plaisir, Se peut-il qu'un rien te retienne?
Quand tu l'as forcé de venir, Non, tu ne dois pas l'en punir; Car c'est ta faute et non la sienne.
Mais, Fanny...
FANNY
Comment! tu souffrirais que ce jeune homme eût pris tant de peine?... dis-lui au moins un mot pour le renvoyer... c'est facile. (Elle va vers la fenêtre.)
Fanny!
FANNY, s'.urèlant.
Pourtant, si tu ne veux pas...
LÉONIE, avec un jicu d'hé.silalion et d'fuili.irr.is. Je n'ai pas dit... mais alors... ouvre biiMi doucement.
LA FILLE MAL ÉLEVÉE
FANNV, ouvrant.
Là! (Un petit houcpiet lancé du drlidis tombe dans l'appartement, Fanny le relève eu sautant di^ joie.) Lo voilà! le voilà, ton bouquet... il l'avait conservé... j'en l'tais sûre... Tiens, est-ce bien cela?
LKONIE.
Mon Dieu! oui.
lANNV.
J'espère que tu vas lui donner sa récompense... oui, le tien de ce soir en édiange... c'est bien la moindre chose.,, oh! il le mérite, en vérité.
Moi!... Dieu m'en préserve!
FANNY
Pourquoi donc?
Cela ne se fait pas... il n'a eu celui-ci que parce qu'il l'avait dérobé... Une jeune personne ne doit jamais rien donner... volontairement.
Ah! si c'est là de la générosité! Ah! bien... si tu ne veux pas lui donner ton bouquet, je vais lui jeter le mien d'abord.,, il croira que c'est toi. (Elle va prendre son bouquet sur le canapé.) Puisqu'ils sont pareils... Hein! tu ris... tu ris... (Elle jette son bouquet parla fenêtre.) Voilà! c'est comme si tu l'avais jeté.
ERNEST, en dehors.
Merci... ah! merci! chère Léonie... à vous pour toujours,
LÉONIE
Ktourdie! qu'as-tu fait?
FANNY
Tu le vois, un heureux, et à bon marché.
LÉO ME
Ferme vite... ferme à présent, je t'en prie.
FANNY
Soit... (Elle ferme la fenêtre.) Quoi que tu en dises, voilà encore un service que je te rends. (Léonie lui tend la main.) Tout a bien été... tout le monde est content... allons nous coucher, (Au moment oià elles vont pour entrer dans leur chambre on entend un coup de fusil.) Ah! mon Dieu! qu'est-ce que c'est que cela?