SCÈNE XVI
Les Mêmes, PAUL.
Oh!... non, mais, c'est c' monsieur...
PAUL
Allons, voyons, tais-toi !
ARTHUR
Vous voilà, enfin, monsieur... cette fois, au
moins, sous des habits que vous n'auriez jamais dû quitter.
Est-il bien ficelé comme ça!
PAUL
Je sors de votre hôtel, monsieur... et j'avoue que j'ai été surpris de ne pas vous y rencontrer ; car, nous autres ouvriers, nous avons la simplicité de ne pas mêler les femmes dans des inconvénients tout à fait étrangers à leur sexe.
ARTHUR
Ah! monsieur, de grâce, ce jargon maintenant devient inutile; vous oubliez que vous avez quitté votre bonnet de papier, et si vous êtes un galant homme...
PAU L
Je vous comprends; mais avant d'accepter l'honneur de me battre avec M. le baron d'Aulnay, il faut qu'il sache positivement à qui il a affaire, et que je puis, sans qu'il en rougisse, accepter son défi. (Il remet des papiers à Arthur.) ARTHUR, lisant.
Que vois-je!...le congé de réforme de maréchal des logis.
PAU L, continuant.
Paul Brichard, aujourd'hui retiré du service, et peintre-colleur patenté...
ARTHUR
Oh! je ne reviens pas de ma surprise... Quoi ! vous seriez réellement?...
PADL.
Ant :
Rt... maintenant, si vous le trouvez bon.
Je suis à vos ordres; j'espère
Que sans en rougir un baron
Peut m'accepter pour adversaire ; Oui, c'est en vain qu'entre petits et grands
On établit des différences; Il n'en est plus avec de tels garants : Si de chacun l'orgueil fixe les rangs,
L'honneur rapproche les distances.
ARTHUR
Eh quoi! il serait possible que je me fusse mépris à ce point?... Ah! Louise, je suis indigne de pardon. Je reconnais toute l'absurdité de mes craintes, et je conçois que vous n'avez jamais pu avoir l'intention...
PAU L
C'eiit été bien osé, n'est-ce pas? Eh bien! c'est pourtant ce qui est arrivé, monsieur le baron... C'est une folie, une absurdité, je le sens bien ; mais c'est comme cela. Si c'est un crime aux yeux de madame, je lui reconnais le droit de m'en punir; j'attends ses ordres. Jusque-là je reste ; oui, oui, j'attends qu'elle prononce; car ce n'est que d'elle que je recevrai mon congé.
FIDÈLE
Oh ! que c'est bien tapé, ça !
LE COLLEUR
AUTHUR.
Ah ! pour le coup, voih\ qui est original ! c'est une déclaration précise. Il y aurait de la cruauté de votre part à no pas fixer au plus tôt monsieur sur ce qu'il doit espérer ou craindre.
PAUL
L'insolent!
LOUISE, avec dignité.
Vous avez raison, c'est ce que je vais faire. Monsieur Paul (Elle passe près de lui.), les liommages d'un honnête homme, quel que soit son nom ou sa fortune, ne peuvent que me flatter infiniment, et j'y suis ou ne peut plus sensible.
Bravo! ça commence bien.
ARTHUR
Madame, je vous en conjure, finissons cette mauvaise plaisanterie.
LOUISK.
Rien n'est plus sérieux, je vous jure.
PAUL
Je n'y suis plus du tout.
LOUISE
Je porte à monsieur un véritable intérêt.
ARTHUR
Pensez-vous à ce que vous dites ?
PAUL, à part.
Si seulement elle disait ce qu'elle pense.
LOUISE
Je le dis du fond du cœiir, et je n'accorderai ma main qu'à celui qui partagera les sentiments que monsieur m'a inspirés à si j uste titre.
FIDÈLE
Voilà un prodigieux gogogriphe.
ARTHUR
Oh! pour le coup, madame...
LOUISE, s'animant.
Oui, monsieur, je veux vous forcer à rendre justice à riionimc généreux dont l'intrépidité...
ARTHUR
Comment!
LOUISE
Avez-vous déjà oublié l'incendie de votre iiùtel et celui qui vous a sauvé la vie?
A RTUli n.
Lui?...
Monsieur serait?...
ARTHUR
Mais alors vous devez avoir... (Il lui prend la main.) En elïct, voilà la bague...
Telle que vous me l'avez mise au doigt le jour de la bagarre.
ARTHUR
Je vous avais fait promettre de me la rapporter : pourquoi vous ôlre ainsi dérobé à ma reconnaissance ?
PAUL
Je vous avais laissé sain et sauf; je n'avais plus besoin de vous revoir.
ART Ht R.
Oui ; mais moi, pouvais-je oublier tout ce que je vous dois?
PAU L
Encore une fois, monsieur, je n'ai fait que mou devoir.
l.OL ISE.
Et voilà l'homme que vous vouliez tuer... Avouez maintenant qu'il y aurait eu de l'ingratitude.
Mon cher monsieur Paul, ma reconnaissance, mon amitié vous sont acquises à jamais... (A Louise.) J'étais un insensé.
PAUL, à demi-vùix.
Et moi donc!
LOUISE, à Arthur.
Vous étiez un jaloux, et vous méritiez une leçon.
PAUL, riaut.
Dont j'empoche la plus grosse part.
LOUISE
Votre part, dans tout ceci, monsieur Paul, ne vous en plaignez pas (Eu riant et en lui tendant la main.); elle n'est peut-être pas la plus mauvaise... Allons, devenez notre ami.
FlDÎiLE.
C'est ça, nous viendrons manger votre soupe de temps en temps... trois fois par semaine.
LOUISE
Et, maintenant, quand nous vous verrons aux Italiens...
PAUL
Aux Italiens!... non, non! je n'irai plus... Vous m'avez appris ce qu'il en coûte à se faufiler dans un monde qui n'est pas le sien. Parce que, voyez-vous, on a beau n' pas avoir d'éducation, de fortune, comme on a tout d' même des yeux et un cœur, on se laisse prendre d'abord, comme si on serait un prince... ou un ambassadeur... et puis ensuite, on en est pour ses rôves... et ça fait trop de mal... Heureusement que me v'Ià réveillé!... D'ailleurs, pour me distraire, je m'occuperai du mariage de ces deux enfants-là.
LOUISE
Et pour<|uoi pas du vôtre?
PAUL
Oh! moi... je reste garçon.
fidl:le.
Quand je vous dis ([uc cet èlre-là ne vit que pour moi.
LE COI.LEUn.
PAU I,
Je retourne à mes piiucaux, à mes brosses...
Adieu los Bouffes et le lorgnon tentateur!... A moi
mon bonnet de papier, mes grisettcs et mes Fan-
cbonnettes, et ma gaîti';! (Au public.)
.\iR de ,1/. Yogel.
Messieurs, lo colleur, plein d'.iudace,
En bon soldat, toujours vainqueur, D'assaut a cru prendre une place.
S'il n'a pu triompher d'un cœur.
Ah! qu'il n'éprouve pas encor votre rigueur! Que votre accueil ici le justifie.
Ah! c'est alors {hia) qu'il pourra s'écrier : Il est des instants dans la vie Qu'on no peut jamais oublier!