‹ Théâtre de Alexis de Comberousse, précédé d'une noticeChapitre 43 sur 764 · LA PRINCESSE, GRANDET · texte numérisé non relu

LA PRINCESSE, GRANDET

LE DOMESTIQUE, annonçant et sortant tout de suite. Monsieur Grandet.

GRANDET, saluant.

Madame, vous m'avez fait l'honneur... (Il lève la tête et voit la princesse.) Tiens!... pardon, madame... (Il fiit un pas pour sortir.)

LA PRINCESSE

Non, non... approchez, monsieur.

GRANDET

C'est madame la duchesse de Langeais qui m'a écrit...

LA PRINCESSE

Et c'est la princesse de Blamont-Chauvry, sa tante, qui vous reçoit.

GRANDET, à part.

Une princesse!... diable!... c'est encore mieux pour la qualité!... mais pour la figure!...

LA PRINCESSE

Monsieur, j'ai à vous parler.

GRANDET

Je suis tout oreilles, madame.

LA PRINCESSE

Vous avez, je crois, un ami, qu'on nomme .luinilly?

GRANDET

Oui, madame, on le nomme ainsi depuis sa naissance.

LA PRINCESSE

Eh bien! c'est de lui qu'il va être question.

GRANDET

J'écoute.

LA PRINCESSE

Sachez que, par un caprice du sort assez bizarre, ma nièce a un service à réclamer de vous.

GRANDET

De moi, madame?... de moi, qui suis sou ennemi le plus dévoué.

LA PRINCESSE

Qu'cutends-je".'... un pareil aveu...

(JR a\di;t.

Oh! j'.ii (Ml l'honneur de le lui dire à ellemême.

En vérité!

Mais je dois avouer avec franchise que ce n'est pas à elle spécialement que j'en veux, c'est aux coquettes en général ; ce qui fait qu'à l'armée on m'avait surnommé l'ennemi des femmes.

LA PRINCESSE

Et vous osez vous en vanter?

Pour((uoi pas?... Si vous connaissiez mon aventure avec la belle Oliska, madame, vous seriez moins étonnée.

LA PRINCESSE

Je ne sais pas, monsieur, ce que c'est que la belle Oliska, et je m'inquiète peu de vos aventures avec elle; mais il me semble que quand bien même il n'y aurait dans ce monde ni rang, ni titres, ni noblesse pour commander le respect, la qualité de femme devrait suffire.

GRANDET

Oh ! oui, sans doute, si elles n'étaient pas toutes prodigieusement trompeuses, quinteuses et capricieuses comme l'était Oliska.

LA PRINCESSE

Encore ce nom !... Avez-vous bientôt fini, monsieur, do me jeter votre Oliska à la figure?... C'est quelque couturière polonaise?

Bavaroise, madame!... et pas du tout couturière !... diable!... plût à Dieu qu'elle l'eût été!... il y a gros à parier qu'elle ne m'aurait pas fait casser la jambe gauche! car c'est seulement parmi ces jeunes beautés, pratiquant un art modeste au sixième étage, que j'ai rencontré un peu de bonté, d'humanité, de vraie émotion!... Ne faites pas la grimace, madame... un cœur sensible et bon est une chose précieuse!... Je conviens qu'il est fâcheux d'être obligé de monter six étages pour trouver cela!... mais quand on le trouve, on ne regrette pas sa peine!... Pour Oliska, c'est différent; elle habitait le palais du roi, à Dresde; elle était noble, elle avait un titre ; aussi elle se moquait parfaitement de l'amour véritable... et je me suis cassé la jambe gauche!

Eh! que m'importe votre jambe gauche?

GRANDET

Cela m'importe beaucoup à moi... surtout dans les changements de temps.

LA PRINCESSE

Brisons là, et écoutez-moi... Ma nièce, la duchesse de Langeais, a la faiblesse d'honorer de quelque estime un homme qui, je le crains bien, ne la nii'rite guère.

Madame!...

LA PRINCESSE

Silence, je vous prie!... Vous ignorez sans doute, monsieur, qu'un des aïeux de M. de Lan-

L'AMI GRANDET

geais, premier mari do ma nitVc, fui tuô à la neuvième croisade sous le saint roi Louis JX? f. n A N D !•: T.

C'est possible, madame : vous devez le savoir mieux que moi! .. je n'y t'étais pas.

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