CHARLES, RUY GOMÈS
RI Y GOMÈS, arrivant en scène.
Merci, mon enfant, merci !... Vous m'avez épargné la peine de briser une vitre, ce qui aurait fait du bruit et pouvait donner l'éveiL.. Je vous devrai peut- être tout ce que j'attends de joie et de bonheur dans ce monde.
CHARLES
Ma foi, ça ne m'aura pas coûté grand'chose!... (A lui-même.) Eh mais! puisqu'il est venu par là, qui m'empêche de m'en aller par le même chemin?...
R L' V G 0 M È s, à lui-mènie.
Je tiendrai donc ma parole!... Elle verra que je suis capable de tout pour elle.
CHARLES, lui frappant sur l'épaule.
Dites donc, mon ami!...
RLY GOMi-;s, à part.
Il est familier, le petit bonhomme.
CHARLES
Je vous ai fait entrer, c'est fort bien; mais tdut n'est pas fini... c'est à votre tour mainteluint !... il faut que vous me fassiez sortir.
RLY GOMIÎS.
Sortir?... 11 me semble que ce n'est pas diflicile!... voici la porte.
CHAR LES
Oh! je la vois bien; mais ce n'est pas par \h.
RCY GOMÈS.
Quelle raison peut-il y avoir?...
CHARLES
11 y a une raison excellente!... Une raison... (.V part ) qui a des moustaches superbes.
R L'Y GOMÈS
Que di'sirez-vous donc?
CHARL ES.
M'en aller d'ici jiar le chemin que vous avez pris pour y arriver. Indiquez-le-moi, bien vite.
RtJY GOMÈS.
Volontiers!... service pour service!... Approchez donc que je vous explique un peu ce que vous avez à faire. (Il le conduit au balcon.) D'abord, à l'aide des crevasses de la muraille, vous arriverez facilement en bas.
CHARLES, regardant et se grattant l'orrille.
A l'aide dos crevasses?...
VOILOIU, C'EST POUVOIR.
m Y l.OM I s.
Oui, (Ml mettant le pied dans les unes, et en vous arcrochant aux autres avec vos mains.
CHARLES
Avec mes mains?...
;\Ion Dieu!... c'est ù peu près comme si vous descendiez par réchelle la plus commode, en A 11 LES, à liii-iiK'inr.
Commode!... commode!... pi"n- <;'' i-im^ei' U-. -ton.
lu V GOMi;s.
Ensuite, vous aurez à franciiir le petit mur de dix-sept pieds que vous voyez 1;\, à droite : vous prendrez le m(>me moyen.
CltAF. LES.
Et ce sera toujours aussi commode?...
nu Y GO M Es.
Cela fait, il ne vous restera plus que le fossé du château , sur lequel j'ai jeté une grande perche, et en filant, filant à cheval tout le long de cette perche suspendue au-dessus de l'eau...
CHARLES
Au-dessus de l'eau?... moi qui ne sais pas n ager ! . . .
R( Y GOMICS.
En un instant vous atteignez rantn», bord, et vous êtes en rase campagne.
CHARLES
Et si je tombe avant?
RIY r.OMÈS.
Vous ne tomberez pas.
CH ARLES
Permettez !... permettez!...
RU Y GOMÈS
Déjà effrayé?... pour si peu! à votre âge?... Du coeur, mordieu ! du cœur ! ou vous ne serez jamais un liommc.
CHARLES
Écoutez donc!... vous en parlez bien à votre aise!... Je n'ai pas été élevé, moi, à marcher le long des murs comme un lézard, et à traverser les fossés à cheval sur une perche!... Si vous pouviez m'indiquer un autre chemin?
RLY GOMÈS, montv.int la porte du fond.
Celui du grand escalier.
CHARLES, frappant du pied avec impatience.
Mais puisque je ne peux pas prendre celui-là! Puisqu'il y a une raison majeure qui m'en empoche !...
R II Y G G M !•: s .
Alors...
CH A RLES, avec colère.
Rester ici!... rester prisonnier !...
RLY GOMÈS.
CoiTiment!... c'est de votre liberté qu'il s'agit, vous hésitez?...
CHARLES, après avoir réfléchi un instant, à part. Eh bien!... tout, plutôt que de retomber aux
mains de mon gouverneur!... (Haut.) Au revoir. (Il uiarcbe vers le balcon.)
RIV GOMÈS, à lui-même, et passant à eaucbe. Pauvre petit !... c'est qu'il y va tout de bon!... Et s'il lui arrivait malheur?... (11 fait quelques pas vers Cbarles.) Non, non... je ne veux pas ([uc par ma faute...
CHARLES, s'arrétanl au moment de liancbirle balcon, et revenant en scène.
In mot encore.
I! i Y GOM v: s.
\oiis ne partez plus?
C H ARLES
Si fait, si fait!... mais il faut bien au moins connaître ses amis. Votre nom?
RIY GOMÈS.
FUiy Gomès.
CHAR LE S
Votre état?...
RI Y GOMÈS
Lieutenant au régiment de Castille.
CHARLES, lui serrant la main.
.Te m'en souviendrai!... adieu!...
RIY GOMÈS, le retenant.
Mais, à mon tour, je ne serais pas fâché de savoir aussi...
Mon nom?...
R i:y GOMÈS.
Oui.
CHARLES
Charles. •
RLY GOMÈS.
Et votre état?...
CHARLES
P>oi d'Espagne et des Indes.
RU Y GOMÈS, tombant à ses pieds.
.Ah! sire...
CHARLES
Que fais-tu donc!... j'ai bien le temps de recevoir tes respects !... Adieu ! adieu !... (Il vent marcher vers le balcon.)
R li Y GOMÈS, Tarrêtaut.
Arrêtez!... je ne puis souffrir que vous vous exposiez ainsi.
CHARLES
Pourquoi donc? Tu trouvais cela si commode !
RUV GOMÈS.
Ah! c'est que j'ignorais...
CHARLES
C'est celai... Parce que je suis roi, tu no veux plus que je devienne un homme?... mais...
RLY GOMÈS.
.lamais vous ne pourrez...
CHARLES
Laisse donc!... le chemin n'est pas plus difficile maintenant que tout à l'heure, peut-être?... Et ma liberté?...
Kl' Y G OM Es.
Eh bien! vous avez raison, sire... marchons!...