‹ Théâtre de Alexis de Comberousse, précédé d'une noticeChapitre 469 sur 764 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

MARIE D'AUTRICHE, LA DUCHESSE D'ASCOLI, SANTA-CHUX, CHAULES, UN Notaire, Colrtisvns et Dames de

LA COCR.

LA 1)1' CH ESSE, Las à la reine.

Et je ne sais s'il a fui, s'il a échappé au tlaiigcr,.,

MARIE, bas.

TraiH|uillisfz-vous!... quoi qu'il arrive, mon (ils n'a-t-il pas le droit de faire grâce?... SA\r A-cr, ux, au roi.

Sire, voic-i le niDiMi'ut oi'i Votre Majesté a promis de m'accorder la plus douce récompense de mes services : madame la duchesse; d'Ascoli cl moi, nous venons réclamer l'exécution de votre parole royale.

CHAULES.

Et vous êtes bien sûr, monsieur, que je ne la violerai pas.

SAN TA-CRUX

.Te n'en ai jamais douté, sire!... Le contrat est dressé, tout est prêt, et je vais signer. (Il va vers la table près du notaire et signe.)

MARIE, bas à la duchesse.

Ah çà! ma chère, vous ne dites rien? Vous allez donc vous laisser marier?...

LA DLCHESSE, bas.

Que puis-je dire ou faire... si personne... n'arrive?...

MARIE, bas.

Eh! mon Dieu, l'on se trouve mal!... Ca dispense de tout,

LA DUCHESSE, bas.

J'ai juré qu'aucun obstacle ne viendrait do moi,

MARIE, bas.

Et vous tiendrez parole?... C'est être aussi par trop bonne catholique.

SANTA-CRUX, après avoir signé, s'adressant à Marie.

Votre Majesté ne voulait pas croire à mon bonheur.

J'y croirai désormais, monsieur, (A part.) ainsi qu'à l'entêtement des femmes.

SANTA-CRUX, présentant la plume à la ducLesse. Maintenant, madame, c'est à vous.

CHARLES, à part.

Voyons si elle signera.

LA DUCHESSE, qui a pris la plume des mains

de Santa-Crux, à part.

Personne ne vient... et j'ai promis!... (Elle s'avance vers la table où est le notaire.) Lui qui se disait si sûr d'empêcher...

SANTA-CRUX, remarqiiaut son hésitation.

Eh bien! madame?...

LA DUCHESSE

Me voici, monsieur. (A part.) Oh! non, il ne viendra pas!... il ne pense plus à moi... sans doute... il m'oublie... Allons! (Elle signe avec un mouvement de dépit.)

MARIE, à part.

Elle signe!...

CHARLES, à paît.

Elle a signé!... Décidément il ])arait <[:-.e min ami Ruy Gomès se trompe!... elle ne l'aime pas. Nous allons bien voir!...

s A N T A - c, li u X , à la (lurliesse. Enfin vous êtes donc à moi. madame!... car il ne manque plus que les signatures du roi et de la roine. (Il .s'approche de Charles.) Sire!..,

CHARLES, prenant le milieu de la scène. Très-volontiers, mon cher gouverneur!,.. C'est bien le moins (pie je doive au zèle que vous avez I montré pour mon service, il n'y a pas une heur I encore.

VOULOIR, C'EST POUVOIR

MAIUK.

Qu'est-ce donc?

CHAHLES.

Oh! la chose la plus simple!... Un jeune capitaine de notre armée avait déserté son poste, un conseil de guerre l'avait condamné, et il a été arr^^té en ce palais mônic, sur l'ordre du général Santa-Crux.

LA DUCHESSE, à part.

Qu'entends-je?...

en An LES.

M. le marquis s'est servi de mon nom pour cela, et je ne puis que l'en remercier.

LA DUCHESSE, à part.

Mon Dieu! qu'ost-i! devenu?... je tremble...

SANTA-CRUX

Mais à présent, sire, l'instant est arrivé où je me proposais de vous demander sa grâce...

CHARLES

Sa grâce?... il est trop tard, monsieur.

LA DUCHESSE, à part.

O ciel!...

MARIE

Que dites-vous, mon lils?...

CHARLES

Je dis, madame, que ce jeune homme avait commis une faute qui nirritait la mort, et qu'à l'heure où je vous parle, il n'y a plus de Ruy Gomès en Espagne.

SANTA-CRUX

Est-il possible?

CHARLES

N'avie/-vous pas fait prononcer la sentence et choisi vous-môme les gens qui devaient l'exécuter?.,.

SANTA-CRUX, à part.

Je ne puis concevoir...

LA DUCHESSE

Ah! c'est une atrocité!... le véritable crime de ce jeune homme, sire, c'était son amour pour moi... Voilà le motif...

SANTA-CUUX.

Madame... je juro que mou dessein ne fut jamais...

LA DUCHESSE

Oh! c'est horrible!... Une fois déjà, vous avez voulu le faire périr sous le feu des ennemis... vous trembliez qu'il ne parvint à toucher mon cœur... Eh bien ! maintenant qu'il ne peut plus m'entendre, maintenant que vous avez abusé de votre pouvoir et de ma confiance, je déclare devant le roi, devant toute la cour, que je retire ma parole, que je ne serai jamais à vous, que je l'aimais... et que je vous maudis!...

M .\ u I E , à part.

Il est bien temps !

CHAULES, à part.

A merveille !

SANTA-CRUX

Madame!... encore une fois...

LA DUCUESSE.

Vous l'avez fait saisir, vous l'avez condamné, vous!... ah! je le répète, je vous maudis... Plus rien de commun entre nous... et, pour preuve, je déchire ce contrat, et je le foule aux pieds. CHARLES, à part.

Me voilà dispensé de le signer.

SANTA-CRUX, à part.

Plus d'espoir !

MARIE

Ma chère duchesse...

LA DUCHESSE

Souffrez, madame, que je quitte pour jamais la cour,

CHARLES

Doucement, s'il vous plaît, madame, doucement. Votre avenir dépend de moi, vous ne l'ignorez pas ; j'avais promis de vous marier au marquis de Santa-Crux... vous ne voulez plus de lui, vous en aimiez un autre... ce n'est pas ma faute... Mais à présent que, par suite de votre refus, je suis maître de disposer de votre main, j'en dispose, et je la donne à mon majordome.

LA DUCHESSE

Que dites-vous, sire?...

MARIE

Comment! mon fils?,., mais votre majordome est mort d'une indigestion il y a trois jours.

CHARLES

Apparemment ce n'est pas à celui qui est mort que je la marie, mais à son successeur... si toutefois il lui convient, car je ne puis ni ne veux contraindre les sentiments... Marquis de Santa-Crux, prenez cette clef, et veuillez ouvrir cette porte.

SANTA-CRUX

Moi, sire?

CHARLES

Vous-même... faites ce que j'ordonne.

LA DUCHESSE

Jamais, sire, jamais !

CHARLES

Qui sait?... attendez... et regardez... la vue n'en coûte rien.

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