‹ Théâtre de Alexis de Comberousse, précédé d'une noticeChapitre 485 sur 764 · SÙ · texte numérisé non relu

SÙ

LE SERMENT DE COLLÈGE

Aiu du Ve)Te.

Jadis en se piquant au bras Faust a fait un traité semblable ; Mais toujours de pareils contrats Ne donnent pas une Ame au diable.

Je veux partager tes honneurs; Qu'en doux notre avenir se coupe ; Prends la moitié de mes grandeurs, Je t'offre un emploi dans ma troupe.

MELBF. RT, souriant.

C'est pourtant M*ai , nous nous sommes signé une semblable promesse... je me le rappelle trèsbien maintenant... sans nous inquiéter, enfants que nous étions, s"il nous serait possible de la tenir.

FRIEDLIN.

Quant à ce qui me regarde, je te réponds que rien n'est plus aisé... tu es bel homme, tu as de la diction... voilà un comédien... et quanta toi, eh! mon Dieu!... ça n'est guère plus difficile... j'ai de l'aplomb, de la souplesse, je parlerais pendant trois heures sans reprendre haleine... voilà un ministre.

MELBERT.

Dieu me pardonne !... parles-tu sérieusement?

FRIEDLIX.

Comment donc!... dans toute ma vie, il se présentera une chance, une seule... d'arriver à une grande fortune, au pouvoir, et tu veux que j'y renonce?... c'est comme si tu priais un homme, qui vient d'apprendre que les numéros qu'il a mis à la loterie sont sortis, de déchirer son billet!... non, non... le voilà mon billet... et je le garde, et je le ferai valoir.

MELBERT, à part.

Allons, il ne me manquait plus qu'un pareil fou sur les bras! et je lui fais servir du Champagne encore ! (Haut.) Adieu, Friedlin, reviens me voir... demain matin... nous causerons...

FRIEDLIN, le retenant.

Non pas, non pas; je te tiens, et je ne te quitte pas que je ne sois pourvu...

MELBERT.

D'un ministère?

FRIEDM.X.

D'un ministère.

MELBERT, à part.

Il paraît que c'est une idée fixe. (Haut.) Mon Dieu ! ce serait de grand cœur, comme tu penses bien... malheureusement cela ne dépend pas de moi.

FRIEDLIN.

De qui donc?

M ELBERT.

C'est le prince qui nomme.

FRIEDLIN.

Oui, je sais cela... mais tu présentes, mon bon ami, tu présentes... tu ne peux pas dire que non... oh! c'est que... je suis ferré sur notre constitution,., je suis même plus instruit que tu ne crois

de la situation des choses... il vaque un ministère, et l'on veut te forcer de le donner à M. de Rimfeld,

MELBERT, Stupifalt.

M. de Rimfeld!

FRIEDLIN.

Oui, ton ennemi... il vaut donc bien mieux le demander... pour ton ami.

MELBERT, de même.

M. de Rimfeld !

Hein!... cette nouvelle-là te décide, j'espère?...

M E L B E R T, prcOCCnpL- .

Et... comment pourrais-tu soutenir un pareil personnage?...

FRIEDLIN.

Jouer un ministre?... sous jambe, mon ami, sous jambe !... j'ai bien joué des rois... et quant à la diplomatie, celle du monde, celle du théâtre, même chose... il n'y a que les planches de changées... au reste, présente-moi, et si je ne me fais pas agréer, tu seras quitte.

MELBERT, à part.

Je crois, en vérité, que ma fortune lui tourne la tète.

FRIEDLIN.

Tu n'as plus rien à répondre. (A part.) Qui sait?.,, mon étoile!... et puis après tout, c'est bien le diable si un homme présenté pour un portefeuille n'obtient pas un théâtre. (liant.) Ah! dis donc, j'espère aussi qu'en bon camarade tu me mettras un peu au fait de tes mojens d'administration et d'influence auprès du prince... les femmes... hein'?...

MELBERT.

Y penses-tu?..,

FRIEDLIN.

Non !... tant mieux... (A part.) Branche vierge!.., (Haut.) Mais n'aurais-tu pas dans ta garde -robe quelque habit un peu plus présentable que celuilà!... Oh ! j'en ai, et même de très-brillants dans la mienne; mais peut-être ne conviendraient-ils pas au rôle... J'aperçois un valet. (Appelant.) Eh !... l'ami... (Le valet paraît. — A Melbert.) Est-ce là ta livrée?... de très-bon goût, ma parole!... ne te dérange pas. Dis-lui seulement de me conduire.

MELBERT.

Mais écoute-moi donc !

FRIEDLIN.

Je suis à toi,,, (Fausse sortie.) Dans ce moment tu es ma providence !i.. mais je ne suis pas un ingrat... à charge de revanrhe, mon bon ami, à charge de revanche... Veux-tu jouer les jeunes premiers?... (Il sort avec le domestique.)

MELBERT.

Je ne sais vraiment pas comment m'en débarrasser; c'est qu'il est homme à faire insérer ma maudite promesse dans la Tribune allemande, et quelle occasion pour mes ennemis... Allons le retrouver, et offrons-lui des dédommagements tels... Ah! le prince.

LE SER.MEM DE COLLEGE

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