‹ Théâtre de Alexis de Comberousse, précédé d'une noticeChapitre 490 sur 764 · I.E PRINCE · texte numérisé non relu

I.E PRINCE

Vous vous intéressez donc bien à cette personne?

F RIEDMN.

Oh! beaucoup, mon prince.

LE PRINCE

Nous verrons... et quand je la connaîtrai...

FRIEDLIN.

Vous la connaissez, mon prince, vous la connaissez; elle a eu le bonheur de se trouver là, à point nommé, il n'y a qu'un instant, pour vous rendre un léger service...

I,E PRINCE

Comment! ce serait?...

F R I E ni, I X .

Moi-même, Altesse!.... vous voyez que j'avais quelque raison de m'intéresser...

LE PRINCE, à part, riant.

Ah ! ah ! ah ! ah ! je ne m'attendais pas à celle-là, par exemple. Voilà un plaisant original... (Haut.) Cest fort bien..; vous m'avez rendu un service, il est vrai; mais pour arriver au ministère, il faut une position dans le monde... et le costume sous lequel je vous ai vu d'abord...

Oh!... habit de voyage... d'ailleurs j'en change souvent...

LE PRINCE

En un mot... il faut des titres... j'attends que vous me fassiez connaître les vôtres.

FRIEDLIN.

C'est un titre que vous me demandez ?

LE PRINCE

Oui, vos services...

F RI EDLIN, à part.

Si je lui parlais de mes quinze ans de théâtre!... non, à cause du préjugé... Que diable répondre?... Eh! parbleu, mon titre à moi, c'est la promesse de Melbert... je n'eu ai pas d'autres...

LE PRINCE

Eh bien! vous ne répondez pas...

FRIEDLIN, fotii liant dans sa poche.

Pardon ! c'est que je cherchais...

LE PRINCE

Ah ! si vous avez en poche ce que je vous demande...

FRIEDLIN.

Comme vous dites, mon prince... J'aurais bien pu vous parler de mon intelligence, dont j'ai donné tant de preuves au public ; de la finesse avec laquelle je sais rendre toutes les nuances les plus délicates ; de la manière large avec laquelle je conçois et crée :

Air (lu Baiser nu Porteur.

Souple, adroit, mais ferme, énergique, Je possède plus d'un talent.

Et dans maint acte politique D'un peuple nombreux j'ai souvent Su mériter l'assentiment.

Parmi vos courtisans, je gage, Il n'en est pas, dans le plus haut emploi, Qui soutienne son personnage Avec plus d'agrément que moi.

Mais toutes ces hautes facultés ne sont peut-être pas de rigueur dans le nouvel emploi auquel j'aspire. (Lui remettant un papier.) Daignez jeter les yeux là-dessus... j'aime mieux que vous sachiez tout de suite...

LE PRINCE, après avoir lu.

Que vois-je?... Quoi! Melbert a pu...

FRIEDLIN.

Vous le voyez : l'amitié d'un grand homme, c'est-à-dire d'un ministre...

LE PRINCE

Cet écrit a près de quinze ans de date... alors vous n'étiez que des enfants.

FRIEDLIN.

Simples étudiants à l'Université d'Heidelberg,

mon prince.

LE PRINCE

Et vous êtes sur que votre ami, pour tenir sa parole, a l'intention de vous proposer...

Oh! très-sûr... il ne peut pas faire autrement...

LE PRINCE

Ainsi, M. de Melbert ose me mettre en tiers dans une plaisanterie d'écoliers...

FRIEDLIN.

Ah ! ce sont les bonnes, Altesse, et je suis persuadé que vous vous rappelez toujours les vôtres avec plaisir.

LE PRINCE, à part.

L'assurance de cet homme est vraiment divertissante.... j'ai bien envie... oui, je dois... il faut que je prenne ma revanche... Ah! M. de Melbert, vous nous fournissez des armes contre vous... vous nous permettrez de nous en servir, et de nous amuser un peu à vos dépens. (A Friedlin.) Monsieur, comment vous nommez-vous?

FRIEDLIN.

Friedlin.

LE SERMENT DE COLLEGE

LE PRINCE

Monsieur Friedlin , donc... j'accepte vos services... oui, je vous accorde le haut emploi que votre ami,... (Avec ironie.) scrupuleux observateur de sa parole, se dispose à demander pour vous.

Vous me nommez!... me voilà ministre!... Fh bien ! qu'est-ce que je sens donc? on dirait que la joie va m'étouffer... j'ai un portefeuille I...

LE PniiVCE.

Je ne mets qu'une condition à votre élévatio'!,... une seule...

FRIEDLIN.

Vous êtes trop bon... Laquelle?

LE PRINCE

C'est que, dès ce soir, vous m'app"orterez la signature de l'envoyé de Bade.

FRIEDLIN, un peu étonné.

La signature de l'envoyé de Bade?

LE PRINCE

Ne in"entendez-vous pas?

FRIEDLIN.

Parfaitement... il paraîtrait alors que l'envoyé de Bade n'a pas signé... (Gomme inspiré subitement.) Attendez donc... il ne vous faut que cela?...

LE PRINCE

Pas autre chose.

F RIEDLIN.

Ah ! l'envoyé de Bade n'a pas signé!... Tiens! tiens ! il ne sait peut-être pas écrire, l'envoyé de Bade!

LE PRINCE, riant.

Oh! un ambassadeur?

Ces choses -là se voient... Ces diplomates sont parfois malins comme des chats; mais alors on a une griffe, et on appose sa griffe, et l'envoyé de Bade l'apposera.

LE PRINCE

Mais, je vous le répète, votre faveur est à co prix.

FRIEDLIN, avec le plus pranJ calme.

Voilà tout ce que vous exigez?

LE PRINCE, à part, le regardant.

C'est étonnant... ça n'a pas l'air de l'embarrasser... (Haut.) Oui... tout... mais, dès ce soir... FRIEDLIN, avec calme.

Vous serez satisfait.

LE PRINCE

Nous verrons... Vous pouvez rappeler votnami. ("Friedlin va au fond du théâtre, et fait un signe à \I<-lbrrt, qui revient.)

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