SCÈNE I
BROUSSAILLES, puis FRANCIS,
BROUSSAILLES, entrant par la porte du fond, son
fusil sons le bras.
J'espère que je suis matinal! depuis quelques jours, je gagerais que les lièvres et les lapins, y dorment plus que moi ! j' fais honte au soleil et je sors de ma couche avec l'aurore. C'est qu'il y va de mon honneur de garde-chasse, et je viens ici me mettre à l'affût de M. Francis pour qu'il me dise s'il a... (Il est interrompu par Francis qui fredonne dans la coulisse.) Justement, le voilà !
FRANCIS, entrant son fusil sous le bras. Quand mon plomb s'échappe, Et fait en partant
Pan ! pan !
Le gibier qu'il frappe Tombe au même instant!
Moi, que rien n'arrête, Suis toujours en quête, Que la grosse bête Vienne s'offrir à moi !
(S'interrorapant en voyant Broussailles.) Eh ! c'est toi, Pierre... ou plutôt Broussailles!
BROUSSAILLES
Comme vous voudrez... mais voyons, monsieur Francis, soyez gentil !
Pardi! c'est mon fort; qu'est-ce que tu vas me demander?
BROUSSAILLES
Voilà, monsieur. Je suis poursuivi par une idée qui m' réveille toujours quand je dors: A-t-il un permis ou n'en a-t-il pas?
FRANCIS
Qui ça?
BROUSSAILLES
Eh hicn ! ce fameux tireur qui chasse avec vous et qui tue pour vous.
FRANCIS
Qui tue pour moi! oh! que c'est méchant! mais ça ne m'atteint pas... d'ailleurs qu'est-ce que ça te fait ?
RltOUSS MLLES.
C'est que M. Duchemin, votre heau-frère, quand je dcmandi! à un chassi-ur s'il a un permis, me dit souvent qui> je suis un malhonnête.
FRANCIS
Il a l'aison.
BROUSSAILLES
Et quand je n'en demande pas, il dit que j' suis un imhécile.
FRANCIS
Il n'a pas tort.
BROU SSAILLES.
De façon que je voudrais savoir à quoi m'en tenir, afin de n'être ni malhonnête ni imbécile.
FRANCIS
Diable! mais tu veux là une chose qui n'est pas aisée.
BROUSSAILLES
Et pour ça vous allez me dire...
FRANCIS
Qu'il ait un permis ou qu'il n'en ait pas, est-ce que ça me regarde? Mais tiens, si tu veux le savoir absolument, parle à Marie, elle qui sait tout et qui dit tout.