‹ Théâtre de Alexis de Comberousse, précédé d'une noticeChapitre 53 sur 764 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

LA DUCHESSE, JUMILLY, ERNESïINE, LA PRINCESSE, D'AUGICOURT, puis GRANDET.

LA PRINCESSE, à d'Aiigicourt fin entrant. Oui, mon cher comte, venez, nous ne serons pas trop de deux pour empêclier une sottise.

ERNESTINE, à part.

Comme ma sœur est triste!... comme le général a l'air embarrassé !

LE DOMESTiQiE, annonçant.

Monsieur Grandet.

LA PRINCESSE

Il ne manquait plus que celui-ci!... Va-t-il encore nous parler de son Oliska et de sa jambe gauche?

GRANDET

Mesdames, monsieur, j'ai bien l'honneur... J'étais sûr de te trouver ici , mon ami , et je viens...

JUMILLY, has.

Silence!...

LA DUCHESSE, à elle-même.

(Elle tient la lettre à la main, elle e.st assise et n'a donné ancune attention aux personnes qin sont entrées.) Il va partir!... et il est marié!...

JUMILLY, s'approcliant d'elle.

'Veuillez permettre que je vous explique...

LA DUCHESSE, se levant.

Pas un mot!... toute l'explication, elle est dans ma conduite insensée!...

LA PRINCESSE

Mais, qu'as-tu donc, ma nièce? tes traits sont renversés!...

LA DUCHESSE, se plaçant au milieu, entre sa tante

et Jumilly.

Ce que j'ai? C'est que, voyez-vous, j'ai été la plus folle des femmes!... Je ne sais quelles pensées fausses et frivoles m'ont caché la vérité!... J'ai contraint mon cœur, j'ai dissimulé un sentiment qui était toute mon âme, j'ai jeté loin de moi un bonheur qui était ma vie! (Elle froisse la lettre qu'elle tient encore.)

JUMILLY, à part.

Grand Dieu! serait-il possible? (Grandet s'est placé au coin de droite.)

LA PRINCESSE

Ma nièce, ma nièce, prends donc garde à ce que tu dis.

Eh! que m'importe? il n'est plus temps de feindre! mon erreur a cessé, mais elle est irréparable ! L'être factice créé par mon orgueil a disparu! C'est ma pensée, c'est mon âme qui parlent en ce moment ! Oh ! ma tante, que toutes ces misérables idées de vanité et de convenances, que tous vos préjugés sont petits et faibles devant un sentiment réel ! Ce monde avec ses plaisirs, ses intérêts, ses frivoles triomphes, je le quitte pour jamais, il m'a trompée! Il n'y a eu de vrai que son amour... et je l'ai sacrifié! Ma vie, je devais la consacrer à l'aimer, à le rendre heureux... Eh bien! ce bonheur, c'est une autre qui le lui donnera, et c'est ma faute ! Et moi, moi? une solitude et des regrets éternels, voilà ce qui me reste, ce que je veux! j'y garderai du moins mon amour; personne ne pourra m'enlever ce dernier bonheur; il est là pour la vie! Lui, ma tante, lui! il est marié !

LA PRINCESSE

Ah ! bah ! voilà qui est à merveille ! il n'y a plus rien à craindre.

GRANDET

Marié? qu'est-ce que vous dites donc?

JUMILLY, Las.

Tais-toi. (Haut.) Oui, j'ai fait choix d'une compagne dont les vertus, les charmes et l'esprit suffisent pour inspirer l'amour le plus violent, et pour comble de bonheur, son âme, aussi tendre, aussi passionnée que la mienne, partage un amour que rien désormais ne peut diminuer ni détruire. (Il se met à ses genoux.)

LA DUCHESSE

Ah! que vois-je!

JUMILLY, se relevant.

Mathilde, ne m'avez-vous pas compris? je suii encore à vous !

LA D UCIIESSE.

Grand Dieu! ne me trompez-vous pas?...

JUMILLY.

J'attends mon sort... presque en tremblant

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