SCÈNE I
MESDAMES JOU VEN EL, RAVINE T et DES- ROSI ERS entrant en scène en se donnant le bras.
MADAME RAVIN ET
Quel heureux hasard! nous rencontrer ici... et au même quadrille !
M A I) A VK J O U V E N E \,.
Trois intimes, trois inséparables!
MADAME DES ROSI ERS
Séparées depuis quatre ans!... Eh bien ! mesdemoiselles ou mesdames, ({u'est-ce que nous sonmuis devenues depuis la pension? sommes-nous toutes mariées? moi, d'abord, je le suis.
Moi aussi.
MADAME r.AVlNEÏ.
Moi aussi... il y a toujours de la sympathie entre nous.
M AD A M E JOUVENEL
J'ai épousé un militaire, un o.licier d'état-major.
M. Desrosiers, mon clier époux, est caj)itaine, lui...
MADAME JOU VENEI..
C'est un beau grade!
MADAME DESROSI ERS.
Dans la garde nationale.
AIADVME JOUVEN El,.
Ah!
MA DAM E R A VI\ET
Et est-il aimable, gentil?
MADAME DESROSIERS
Oh ! oh ! c'est toutce qu'il faut pour un mari !... C'est un honnf^te homme, un jjarfait négociant... I*ar exemple, adieu mes livres chéris, mon piano. Oiiand je lui parle Kossini et Meyerbecr, il me ré|)ond : « Fin courant... » et il m'cin|)lipii' à t';iin' des factures.
MA DAM E R AVI\ ET
M. I!;iviiiet... c'i;st le nom de mon mari... n'est pas un aigle non plus... il est bon enfant... Il a uni' place d(,' chef au Trésor; son bureau l'occupe loiifi; la journée, ce qui fait (pie je suis libre et maîtresse. Quant ^ nos distractions, il adore la campagne : alors ninis haiiilons près de la bar-
rière une petite maison où nous avons la jouissance d'un jardin... non anglais. Dans les bonnes années, on y récolte des capucines, un plat de petits pois que l'on mange en famille. Nous avons beaucoup d'arbres fruitiers, mais pas de fruits; les poches n'arrivent jamais à leur maturité, et nous avons beaucoup de cerises vertes qiii font l'envie, l'admiration de nos voisins, et la nourriture des moineaux... Voilà comment M. Ravinet est parvenu à satisfaire ses goûts agricoles, comment il réunit les plaisirs de la ville et ceux de la campagne.
MADAME DESROSIERS
Vous rappelez-vous nos projets de pension, nos idées sur le monde et ses plaisirs, nos illusions?
MADAME RAVINET
Je r(^vais un banquier, un agent de change, un millionnaire, et je suis la femme d'un employé.
MADAME DESROSIERS
iVîoi, je me voyais l'amie, la compagne d'un peintre, d'un poëte ou d'un compositeur... d'un de ces artistes enfin à l'àme de feu, qui savent si bien sentir et exprimer ces douces émotions du cœur; et j'ai uni ma destinée à celle d'un marchand de porcelaine, ce qui n'a rien de poétique.
MADAME JOUVENEL
Moi, j'étais moins ambitieuse, et je ne pensais qu'aux devoirs d'une femme envers son mari , quels que soient son rang et sa position dans le monde.
MADAME RAVINET
Toi, tu as toujours été raisonnable.
M A D A M E JOU V E \ E E , à nrukuup Rav inet. Toi, un peu coquette.
MADAME DES nos 1ER S.
Et moi, siuitimentale.
Ain: La liclle (iiusc'ijiic l'amnur.