‹ Théâtre de Alexis de Comberousse, précédé d'une noticeChapitre 697 sur 764 · FÉMI, MICHEL · texte numérisé non relu

FÉMI, MICHEL

MICHEL, arrivant du dehors, à demi-voix.

Monsieur!

LA REBELIÈRE.

Qu'est-ce?

MICHEL, de même.

Le commandeur vous fait savoir que tout à l'heure, en portant à Donatien sa cruche d'eau et son pain de cassave...

LA REBELIÈRE, riant.

Ah! c'est de l'épave encore qu'il s'agit; tu peux parler haut... Eh bien ! quand tu lui as porté sa cruche et son pain, qu'est-il arrivé?

MICHEL

On lui a trouvé une fièvre ardente.

ÉLÉONORE, qui semblait occu[]ée de ses achats,

levant les yeux au ciel.

Le malheureux! c'est pour moi!...

LA REBELIÈRE.

Diable ! diable ! ce n'est pas mon compte!

MICHEL

Comme il est dans une espèce de délire, le commandeur craint qu'il ne devienne fou, si on le laisse dans la fosse étroite et humide où vous l'avez fait jeter avec des fers.

Il faut les lui oter, et le faire sortir de ce lieu. Qu'on le mette dans le cachot au-dessous de ma chambre, qui donne sur le petit parterre où j'avais fait enfermer Vulcain, le borgne... Le «liable on personne n'ébranlerait pas la forte grille qui le clôt d'un côté et la lourde porte qui le fermc.de l'autre... J'ai plus de confiance dans les bonnes serrures que dans les sentinelles qu'on peut gagner. (Il a dit cela en montant k sa chambre prendre les clefs; les remettant à Michel.) Voici les doux clefs, celle de la petite porte et celle du caveau.

M ICIIEL.

Lui laisserons-nous les entraves aux pieds ?

LA REBELIÈRE.

Une seule... mais aux mains des cordes solides; et si les blessures étaient saignantes, qu'on les frotte avec le baume souverain du Caj); tu viendras me donner de ses nouvelles, (Michel sort par

LK MARCHÉ DE SAINT-PIERRE

le fond, entre sous le hangar, où il spmblc donner un ordre, puis revient à uni' [lotile porte oblique placée au fond et qui donne sur le parterre, et l'ouvre, — Se promenant.) Une lièvre anli'iitr, a dit Miciici... c'est inquiéiant.

ÉLKONOBE.

Oh! monsieur, vous ne le croyez pas.

LA REDELIÈRE.

Dites plutôt que je ne le di5sire pas; il ne me man((uerait plus que le drôle s'amusât à mourir avant la vente, pour se moquer tout à fait de moi ! ÉLÉONORE, à part , avec horreur.

Oh!

LA REBEHÈRE, voyant JMichel.

Ah! le voici!,.. (Deux hommes sortant du hangar après Michel l'ont suivi , portant Donatien, qui paraît privé de sentiment; tous avancent du fond, passent par la petite porte que Michel a ojivertc ; puis à travers la grille placée au fond du cachot, on les voit traverser le petit parterre situé au delà de cette grille , et disparaître dans la coulisse à droite,) MADEMOISELLE HÉBERT, avec effroi, pendant le passage de Donatien.

Monsieur! monsieur! comme il est pâle!,., ou le dirait inanimé.

ÉLÉONORE, vivement.

Oh ! je veux... (Elle fait un pas vers le fond.) LA REBELIÈRE, l'arrêtant, avec une fausse douceur.

Rassurez-vous.,. Il ferme les yeux, il se tait... par entêtement.,, pour ne pas dire le bien que lui a fait h; baume du Cap; mais je suis sans inquiétude maintenant; au moment de se mettre en route, il sera frais comme une rose. (Pendant ce temps, Michel, qui avait disparu dans la coulisse, a ouvert une porte latérale du cachot ; les deux hommes y ont transporté Donatien et l'ont étendu sur une natte.) MICHEL, dans le cachot.

Les cordes sont solides; laissons-le. (Il sort avec les deux hommes.)

LA REBELIÈRE.

Ce Michel n'en finit pas!

ÉLÉONORE, à part.

Là, sous cette chambre, si près de moi ! LA REBELIÈRE, examinant Éléonore.

Comme elle est agitée!.,, ma vengeance commence déjà, (Bas à Michel, qui reparaît avec les deux hommes, ferme la porte du parterre et remet les clefs à La Rebelière.) Eh bien ! le baume a fait son effet? MICH EL, de même.

Bien malgré lui.

ÉLÉONORE, à part.

Qu'invente-t-il encore?

LA REBELIÈRE.

Comment ! un drôle qui ne veut pas qu'on s'intéresse à sa santé!.,, on lui revaudra cela plus tard.,. (Accompagnant Michel.) l'endant la route, surveille-le sans relâche... (Il continue bas, en marchant toujours.)

MADEMOISELLE HÉBERT, qui regardait en dehors, à Fémi qui rentre.

Eh bien, Fémi, qu'y a-t-il donc sous le hangar?

Le vieux Léo, qui fait des contes aux deux cavaliers de la maréchaussée qui doivent emmener l'épave à Saint-Piine ; deux cavaliers! comme s'il était besoin de leurs grandes épées et de leurs mousquetons pour garder le pauvic homme!

ÉLÉONORE

Et il est bien sûr qu'il sera vendu domain?

FÉMI

Oui, s'il est encore vivant; mais pendant le chemin, il a juré de se tuer plutôt que de se laisser vendre.

Ciel!

ÉLÉONORE

Il a juré cela?

FÉMI

Chut! voilà maître...

LA REBELIÈRE, revenant.

Je viens de donner mes derniers ordres; maintenant nous allons tous nous reposer... (Voyant Eléonore qui chancelle en se levant.) Mais vous ne pouvez vous soutenir, ma pauvre enfant; prenez donc mon bras.

ÉLÉONORE, le repoussant.

Non, non, monsieur, non... je suis très-bien en ce moment.

LA REBELIÈRE.

Bonsoir donc, ma chère pupille.

ÉLÉONORE

Bonsoir, monsieur. (S'approchant de Fémi.) Tu m'attendras en ce lieu,,, lorsque tout le monde sera endormi, je reviendrai,

FÉMI, bas.

Suffit, maîtresse,

LA REBELIÈRE.

A bientôt!,.. (Éléonore rentre dans sa chambre; mademoiselle Hébert sort avec Fémi. Deux nègres, pendant cette scène, sont montés dans la chambre de La Rebelière; l'un d'eux a allumé la lampe de nuit; l'autre a préparé l'appartement. Ils redescendent et s'apprêtent à suivre La Kebelière, qui dit au premier.) Je n'ai pas besoin de toi; va-t'en! (Les nègres s'éloignent. L.i Rebelière monte chez lui.)

Page 1