‹ Théâtre de Alexis de Comberousse, précédé d'une noticeChapitre 700 sur 764 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

DONATIEN, toujours dans le cachot; LA REBE- LIÈRE , dans sa chambre ; ÉLÉONORE, dans la salle commune; puis FEMI.

ÉLÉONORK, sortant de sa chambre avec précaution et remontant jusfpi'à la porte du fond. Je n'entends plus de bruit... tout repose... excepté le malheureux. (Regardant du côté de la chambre de La Rebelière.) Il dort, lui...

FÉMI, arrivant.

Me voici, maîtresse.

Ne m"as-tu pas dit que Donatien avait juré de se tuer plutôt que de se laisser vendre?

FÉMI

Hélas! oui, maîtresse.

KLÉOA'ORE.

Eh bien ! écoute-moi... Avant son départ, à l'instant même, il faut que je le voie... que je lui parle.

FÉMI

Seigneur Jésus ! quelle idée! et comment fcrezvous, bonne maîtresse ?

ÉLÉONORE

Je sais oîi il est, j'irai le trouver dans son cachot.

FÉMI

Mais les clefs? Michel, l'âme damnée; du maître, se ferait mettre en pièces plutôt que do les livrer. É LÉON on E.

Et les doubles?

FÉM I

Elles sont dans la chambre do M.' de La Ucbeliùre.

Éi.ÉON ont.

J'irai les chercher.

FÉMI

Il ne vous les donnera i)as.

ÉLÉONORE

Eh bien! je les prendrai.

FÉMI

Les prendre! sur la table, auprès de lui ! sainte Vierge!... c'est que vous ne savez pas que monsieur dort comme les jaloux, les yeux ouverts.

ÉLÉONORK, prenant la main di; Fcmi avec force.

Il a dit qu'il se tuerait, niaihcurense! il faut soutenir son courage... Attends-moi.

LA RERELiÈRE, se retournant sur le divan. L'agitation que j'éi)rouvc repousse le sommeil.

FÉMI

Mon Dieu ! aj'ez pitié d'elle ! (Elle joint les mains comme pour prier. Eléonore monte les degrés avec précaution ; arrivée à la porte de \i chambre, elle l'ouvre doucement.)

LA REBELIÈRE.

J'ai cru entendre... je ne rêve pas, non, ma porte s'ouvre... Qui peut à pareille heure?... (Il porte la main à son poignard.) Attendons. (Eléonore paraît dans la chambre. — La Rebelière, soulevant la tête.) Ma pupille ! quel est son dessein ?... ÉLÉONORE, saisie d'un mouvement d'effroi, s'arrête.

J'ai peur. (La Rebelière reprend son immobilité, elle fait un pas.) Allons ! (Elle touche enfin la table et prend deux clefs attachées par une chaînette de fer.)

LA REBELIÈRE.

Comment! elle oserait?... (Un peu plus haut.; Malheureuse !

ÉLÉONORE, s'arrêtant.

Il a parlé... (Elle prête l'oreille.) C'est mon imagination troublée. Ah! fuyons. (Elle sort, referme derrière elle, descend et vient tomber sans haleine dans les bras de Fémi.) L'émotion avaitbrisé mes forces... (Elle porte la main à son cœur.) Donne-moi ta lanterne. (Fémi la lui présente allumée.) Et pendant mon absence, tu iras jusqu'au hangar, comme pour écouter Léo, de façon à me prévenir si l'on venait de ce côté.

LA REBELIÈRE, qui s'est levé du divan, et ensuite

est sorti de sa chambre à mesure qu'Eléonore s'est

éloignée.

Tant d'audace!... Mais je ne dormais pas, ma belle pupille, et vous allez en avoir la preuve. (Il gagae la petite porte du parterre. Pendant les paroles de La Rebelière, Fémi donne sa lanterne à Eléonore; celle-ci se dirige vers la porte du parterre et va mettre la clef dans la serrure, lorsqu'elle se trouve tout à coup en face de La Rebelière.)

ÉLÉONORE, interdite.

Mon tuteur!

FÉMI, l'apercevant et se cachant dans un coin.

Maître ! tout est perdu !

LA REBELIÈRp.

Ah! ah! mademoiselle, c'est donc ainsi que vous employez vos instants de repos et que vous osez?...

ÉLÉONOR E

Monsieur... j'allais... je croyais...

LA REBELIÈRE.

Ne vous donnez pas tant do peine pour m'expli-

quer vos projets. (Prenant la main d'Éléonnre qui

tient les clefs. | Voilà qui se charge de répondre pour

vous. (Il lui arrache les clefs, qu'il jette sur une taMe.)

É L KO N 0 R E , avec fermeté.

Eh bien! oui, mnnsieur, j'ai eu horreur de votre conduite impitoyable i-nvers un lionimo à qui je dois tfiut;oui, monsieur, tout !... plus que la vie... plus que la fortune... oui, je voulais m'iutroduirc

LK MARCHÉ l)K SAl NT-PI EURE.

dans son carliot, lo consoler... le sauver pcut- Mrc... je le veux encore.

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