‹ Théâtre de Alexis de Comberousse, précédé d'une noticeChapitre 704 sur 764 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

Les Mêmes, PALÈME, puis MICHEL, puis PÉLAGIE.

Tout est prêt... venez.

DONATIEN

Impossible, Palôme.

PALE M E

Êtes-vous trop fail)le?... Je vous porterai.

DONATIEN

Ça n'est pas cela.

PALÈME

Est-ce la garde?... J'ai deux couteaux; vous en prendrez un... on ne nous aura pas vivants.

DONATIEN

Non, te dis-jo, je ne partirai pas... je l'ai juré.

PALÈME

Juré!... à qui donc?...

DONATIEN

A elle, Palème... à Éléonore!

PALÉMC.

Elle est venue!... Ah! c'est bien, çal... Mais comment? que fera-t-elle?

DONATIEN

Je l'ignore... mais j'ai juré... Pars, la milice est sur pied... J'entends les pas des sentinelles... Pars, et (pic Dieu te prot(''gc!

' PALÈME

j C'est vous qui le voulez... Ce n'est pas ma faute; vous manquez là une belle occasion... Enfin, nous nous nnerrons à Saint-Pierre. (Il disparaît. Fi'Uii, qui pendant ce temps a écoulé prifs de l'escalier do La Uebelière, puis a fermé la porto du parlerre avec beaucoup de précaution, lovicnl vers Éléonore, qui l'allend.)

LE MARCHÉ DE SAINT-PIERRE

in MI.

La porte est fermée, plus rien qui puisse nous trahir.

ÉI.KONORE.

Rentrons. (EUos se dirigent vers la chambre d'Eléonore.)

DONATIEN, dans son cachot, après avoir rephncu la dalle qni a livré passage à Palême.

Elle m'aime ! j'ai entendu sa voix m'apporter des paroles de consolation; j'ai senti l'étreinte de ses chastes mains pressant mes mains meurtries... (Coup de feu.)

KI.ÉONORE.

Ciel ! (Elle tombe tremblante sur un siège.)

FÉMI

Qu'est-ce que c'est que ça, Jésus !

DONATIEN

Un coup de feu! sur Palômc peut-ôtre... Ah! le malheureux s'est fait tuer pour moi !

MICHEL, paraissant dans le parterre à la grille

du cachot.

Ce n'est pas lui.

r.A REBELiÈRE, qui s'est jeté à bas du divan, et a ouvert sa fenêtre.

Qui va là?... (A Michel, qu'il aperçoit de sa fenêtre.) Pourquoi ce coup de feu? qui l'a tiré?

MICHEL

C'est un milicien.

LA REBELIÎÎRE.

Sur qui?

MICHEL

Sur un homme qui tontait de se sauver en escaladant les murs de l'hal^itation.

LA REBELIÈRE.

Et le prisonnier?...

MICHEL

Il n'a pas bouc;;é de son cachot, le voilà...

Il n'y restera pas plus longtemps; amène-le. (Michel disparaît dans la coulisse à droite. La Rebelièro ouvro, sa porte.)

MADEMOISELLE HÉBERT, qui est entrée en ce moment.

Qu'est-il arrivé, mon Dieu?

LA REBELIÈRE, sur le palier, aux esclaves qui entrent par le fond .

Qu'on fasse les préparatifs du départ. (Il descend l'escalier.)

PALÈME, paraissant dans le parterre, à la grille. Ce n'est pas encore pour cette fois.

DONATIEN

Tu n'es pas blessé?

PALÊME.

Non ; mais on me cherche... Du bruit à lu porte de votre cachot; je nie sauve. (Il grimpe le long de la grille jusqu'à la fenêtre de La Rebelière. Le cachot s'ouvre, Michel entre.)

MICHEL, à Donatien.

Allons, en route. (Donatien se lève et suit Michel et les soldats; ils disparaissent dans la coulisse à droite.)

L\ REREi.iiîRE, qui cst desccndu en scèue. Éléonore ici!... qui donc a pu?... (A Éléonore.) Mademoiselle, préparez-vous à me suivre. (Il se dirige vers la petite porte du parterre, qu'il ouvre.) ÉLÉONORE, à part.

0 mon Dieu ! à mesure que le moment approche, je sens défaillir mon courage.

PALÉME, paraissant à la fenêtre de La Rebclière. Bon ! l'alerte a fait sortir l'ours de sa lanière. (Sautant dans la chambre.) Je ne lui conseille pas d'y rentrer.

LA REBELIÈRE, revenant à Éléonore.

Vous m'avez entendu?

ÉLÉONORE

Monsieur, monsieur, je rétracte les paroles que je vous ai dites tout à l'heure; abandonnez vos projets contre cet homme; laissez-le libre, et je me soumets : je serai votre femme, votre esclave!

LA REBELIÈRE.

Il est trop tard... il faut que vous assistiez à cette vente, et vous y assisterez.

ÉLÉONORE, éclatant.

Et moi, je vous déclare que je ne suivrai pas un lâche! Non, monsieur, non, j'ai un autre devoir à remplir... un devoir sacré, celui d'arracher de vos mains un homme qui s'est dévoué pour moi ! et je le sauverai!... oui, je sens là que je le sauverai! Vous êtes tout-puissant, monsieur; tout cède à votre volonté... je ne suis, moi, qu'une femme; je n'ai pas un ami, pas un parent qui puisse me protéger... mais vous m'avez jeté un honteux défi... Eh bien! monsieur, je l'accepte!... et ma conscience me dit que ce n'est pas moi qui succomberai ! (Elle fait un pas pour sortir, La Rebelière l'arrête par la main.)

LA REBELIÈRE.

Arrêtez, mademoiselle, vous ne sortirez pas; vous n'êtes pas majeure encore, pour disposer ainsi de votre personne; demain, soit; mais jusqu'à demain je suis le maître, et maintenant je veux que vous restiez ici.

ÉLÉONORE

Prétendez-vous me traiter comme votre esclave?

Non, non, ma toute belle; mais jusqu'à ce soir comme ma prisonnière; je vais donner mes ordres; en mon absence, nul ne s'éloignera d'ici.

PALÊME, à part, dans la chambre et aux aguets. Il faudra pourtant bien que je sorte.

LA REBELIÈRE, à tout le monde.

Partons !

PÉLAGIE, qui est entrée avec ses cartons de voyage, s'approchant d'Eléonore.

Mademoiselle, vous ne m'avez pas dit... (Elle présente le coffret.)

ÉLÉONORE, vivenient et bas.

Ce matin, à Saint-Pierre, on vendra un épave

Page 1