‹ Théâtre de Alexis de Comberousse, précédé d'une noticeChapitre 716 sur 764 · LA COMTESSE, LOUISE · texte numérisé non relu

LA COMTESSE, LOUISE

LA COMTESSE, à Lûiiise qui entre.

Ah! vous arrivez à propos, chère Louise, pour m'aidcr à faire antichambre... on ne veut pas même m'auuoncer.

LOUISE

Est-ce que mon tuteur serait plus mal ?

LA COMTESSE

Oh! soyez tranquille; mon oncle se porte encore assez bien pour contrarier tout ce qui l'entoure. C'est son plaisir... c'est son bonheur...

Hélas !

LA COMTESSE

Moi, par exemple, je lui demande un régiment pour un gentilhomme de mes amis... charmant cavalier, dansant à ravir... et il refuse, sous le frivole prétexte que ce n'est pas un danseur qu'il faut, mais un militaire.

LOUISE, souriant.

En effet, c'est d'une exigence!...

LA COMTESSE

11 lui sied bien, à mon cher oncle, de prétendre (lu'il faut que l'homme convienne aux fonctions... conune s'il ne sullisait pas que les fonctions convinssent à l'homme! Lui, qui, jadis, a servi en qualité de capitaine de cavalerie, ne s'est-il pas fait cardinal? El bientôt, si ses intrigues réussissent, nous verrons bien autre chose.

LOUISE

Quoi donc?

LA COMTESSE

Aui : J'en ijuctte un pelil de mon wje.

Une morveillo ! un prodige bizarre, Que l'œil humain jamais n'envisagea !

Oui, nous verrons, surmonté do la tiare, I.u nii'mo front quo lu casque ombragea. -V Mazarin, quand nul succès n'échappe, 11 lui sied bien do trouver singulier

Qu'un dausuur duvionno oflicior,

Lorsqu'un olTicior devient papol

Eli mais! qu'avcz-vous donc, ma chère Louise? pouniuoi cet air si triste... ces yeux humides?

UNI-: JOUHNKI': CHKZ M A/A H IN.

lOl ISK.

Ah ! niadamo...

l./\ C.OMTKSSE.

Ali! oui, je me rappelle... et je puis, en attendant mieux, vous épar;;ner au moins un aveu (pii vous coûte. Vous aimez le chevalier de Vallon? LOUISE, avec simplicité.

Pourquoi n'en conviendrais-jc pas?...

I,A COMTKSSE.

C'est si naturel! 11 est joli cavalier, à ce qu'on dit; car, moi, je ne l'ai jamais vu, et, de plus, il est absent... bien loin d'ici, ce qui est encore un mérite.

LOUISE

N'est-il pas juste que je plaigne ce pauvre chevalier qu'on exile, qu'on proscrit, lui qui n'a rien à se reprocher que d'avoir embrassé autrefois, comme tout le monde, le parti de la Fronde ? Mais, pardon, madame, c'est peut-ûtrc un grand tort à vos yeux !

LA COMTESSE

Point du tout... Il y avait des cavaliers très-aimables parmi les frondeurs... On était ennemi... mais cela était loin d'exclure, entre les deux partis, la politesse... et môme la galanterie... Tenez! moi qui vous parle... j'ai des raisons personnelles pour en savoir quelque chose... Un beau jour, dans le moment le plus chaud de la querelle, je passais dans la rue Saint-Antoine... Voilà ma livrée reconnue... et une foule de gens, décorés du bouquet de paille, signe distinctif des frondeurs, qui arrêtent et entourent mon carrosse en criant : « C'est la nièce du Mazarin ; il faut la garder en otage! » Vous jugez de mon effroi, de mon saisissement, quand un cavalier, jeune, trèsbien tourné, et que, depuis, je n'ai jamais revu, fend la foule, s'approche, s'écrie : « Mes amis, guerre à Mazarin, mais hommage à la beauté, fùtellc coiffée d'un chapeau de cardinal ! »

LOU ISE.

Ah! c'était fort bien, cela!...

LA COMTESSE

Entraînée par ces paroles, la foule s'écarte et je continue ma route, aux cris mille fois répétés de : « A bas le Mazarin! vive la belle comtesse de Soissons I »

loi; ISE.

Et la seconde de ces acclamations obtint grâce auprès de vous pour la première ?

LA COMTESSE

Certainement... Mais je suis sûre que votre puissant tuteur ne maintient, contre M. de Vallon, la sentence du parlement, que dans l'espoir que vous consentirez enfin à donner votre main au nianiuis de Manciui, son neveu...

LOUISE, avec énergie.

Jamais!...

LA COMTESSE, continuant.

Qui est aussi mon frère...

LOL ISE.

Ah! pardon, j'oui)liais...

LA COMTESSE

11 n'y a pas de mal. Je sais d'ailleurs que, malgré vos attraits et vos qualités, le marquis ne di'sire pas plus que vous ce mariage; le cardinal seul y tient, pour faire entrer dans sa famille votre grande fortune, dont il est l'administrateur, et qu'j\ ce titre il s'est habitué sans doute à regarder comme la sienne. Mais moi, j'ai horreur de tous ces calculs... Une seule chose m'inquiète : j'ai bien peur que le chevalier ne soit qu'un amant vulgaire qui recule devant les obstacles.

LOUISE

Eh quoi! madame, vous penseriez?...

DE VALLON, entrant my.stériensement par la porte de L;auclie et apercevant Louise.

C'est elle! je la trouve enfin!

LA COMTESSE, sans apercevoir le chcvalier. Si M. de Vallon vous aimait, sa place, quel que fût le danger, ne devrait-elle pas être auprès de vous?

DE VALLON , à part.

Qu'entends-je !

LOUISE, avec impatience et teneur.

Mais songez donc, madame, que la colère du cardinal, c'est la Bastille!...

LA COMTESSE, avec exaltation.

Eh! raison de plus!... en amour, comme en religion, la palme du martyre est la clef du ciel. Voyez dans les romans de mademoiselle de Scudéry, de M. de La Calprenède : toutes les puissances de la terre conjurées, les torrents, les fers, les supplices, rien n'empêche un amant de venir se précipiter aux pieds de sa maîtresse.

DE VALLON, tombant aux pieds de Louisc. M'y voici !

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