‹ Théâtre de Alexis de Comberousse, précédé d'une noticeChapitre 718 sur 764 · DE VAI.I.O · texte numérisé non relu

DE VAI.I.O

Je suis donc sûr de vaincre! Avec vous, madame, qui pourrait douter de la victoire?... Croyez que mon éternelle reconnaissance...

LA COMTESSE, gaîment.

De la reconnaissance, clicvalier, vous savez qu'à cet égard vous avez pris soin de vous acquitter d'avance... Mais expliquez -moi donc un peu les rigueurs de mon oncle envers vous, lorsque tant de frondeurs sont déjà rentrés en grâce.

DE VALLON

Mon Dieu ! madame, j'aurais sans doute aussi partagé la faveur commune, si je n'avais eu la maladresse, pendant mon exil , de faire trois on quatre mauvais couplets.

LOUISE, inq;uiète.

Contre le cardinal '?

DE VALLON

Mon Dieu! oui.

LA COMTESSE, rlaut.

Mais vous avez donc tous les mérites, tous les talents? Et que disent ces couplets? sont-ils bien méchants? Voyons.

DE VALLON

Et vérité... je n'ose.

LA COMTESSE, Souriant.

Nous avons l'esprit bien fait dans la famille.

DE VALLON

Puisque vous l'exigez absolument.

LA COMTESSE, jetant les yeux sur ce que lui remet

Quoi ! ces couplets... ils sont de vous? Oli I nous les connaissions; M. de Nogeiit me les chantait encore l'autre jour. C'est qu'ils ont eu le plus grand succès. Donnez, donnez; ah! je veux m'en amuser aussi. (Elle prend les couplets.)

Le Mazarin franchit les bornes Qui séparent le bien du mal ; C'est le diable cachant ses cornes Sous un chapeau de cardinal.

Est-ce là tout ce que vous lui reprochez?

DE VALLON

Mais il me semble...

LA COMTESSE, gailUCUt.

Hall I bah ! mon oncle en a entendu bien d'autres et ne s'efl'arouche pas pour si peu. L'affaire s'arrangera, j'y ferai mes efforts ; d'ailleurs, votre noble retour, malgré tant do périls...

DE VALLON

Ne mérite aucun éloge, madame. Loin de mademoiselle de Granray, mon sort n'était jias muins affreux que celui (jui peut me menacer ici. Que faisais-je en Italie, en Espagm;?... Après la lettre qu'elle m'avait écrite, ne valait-il pas mieux cent fois braver toutes les disgrâces, aIVronter tous les dangers?

i.oiiiSE, effrayée.

Imprudent!

DE VALLON

Oh! rassurez-vous. Comment ne pas réussir quand il s'af>it de vous arracher à un rival? Et, tenez, déjà n'ai-je pas joué de bonheur? J'arrive à Paris. A peine entré dans la ville, je ne sais sur quel soupçon, je me vois arrêter par un exempt, par des archers...

LOUISE

0 ciel!...

DE VALLON

Conduit devant le juge, placé près d"une fenêtre ouverte, je mesure l'espace, et, tandis qu'il griffonne mes réponses, moi, je m'élance dans la rue...

Grand Dieu !

DE VALLON

Un embarras de voitures me protège contre ceux qui me poursuivent; j'en profite, je m'esquive; on perd bientôt ma trace, et, alors, n'ayant plus qu'une pensée, une volonté, celle de vous revoir, quand je devrais, après, me livrer moi-même, je cours à l'hôtel du cardinal, je me mêle à la foule des courtisans qui s'y pressent, et je suis assez lieureux pour pénétrer jusqu'ici.

LOUISE

Dans la demeure de votre ennemi !

DE VALLON

N'est-ce pas le dernier endroit où l'on ira me chercher? Le cardinal ne m'a jamais vu... et, quant à ceux qui penseraient me reconnaître, l'invraisemblance de ma présence dans cet hôtel leur ferait croire qu'ils se trompent.

LA COMTESSE

Pas si mal raisonné ! (A Louise.) Mais, pour détourner tout à fait les soupçons, il faudrait lui trouver un titre, une qualité... Ah ! mon Dieu!... quel([u'uu vient... mon oncle...

LOUISE, avec effroi.

Nous sommes perdus !

LA COMTESSE, apercevant Guénand.

Non, c'est le docteur Guénaud! Qui sait?... peut-être pourra-t~il nous aider.

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