BAI, AN
Oses-tu bien faire tourner ainsi ton oncle? STANISLAS, stupéfait, allant tomber sur les genoux d'Hippolyte, et se relevant aussitôt.
Mon oncle!...
HIPPOLVTE.
Ah ! qu'avez-vous fait, mon cousin ?
GL'ICHONET, qui, làché par Stanislas, s'est laissé aller sur une chaise.
C'était lui ! Eh bien !... je l'avais reconnu.
BALANDiN, à Stauislas.
Oui , ton oncle Guichonet !
STANISLAS
Le père de... Miséricorde ! moi qui croyais que c'était un huissier !.,.
BALANDIN, poursuivant; à Stanislas.
Juge!...
STANISLAS
Il est juge?
BALANDIN.
Non, je te disais : Juge ! juge de la position où tu t'es mis !... Au moment où j'espérais qu'il allait te donner ta cousine en mariage.
GUICHONET, qui s'est levé.
Ma fille, à lui ! un fichu polisson à qui je donnerais tout au plus ma canne en mariage! Un misérable qui m'a insulté, fait des grimaces !
BALANDIN.
Des grimaces !
GUICHONET, imitant Stanislas.
Oui, tiens, une comme ça, et une autre comme ça, et une autre comme ça.
lUPPOLYTE.
Mon père, calmez-vous. Écoutez-le, je suis stire ((u'ii va se disculper.
STANISLAS
Parbleu ! je vous avais pris pour un huissier... très-sourd... l'huissier Girardot.
BALANDIN.
Girardot!... C'est ma foi vrai... tu lui ressembles par derrière.
GUICHONET.
Et quand je lui ressemblerais... par devant, qu'est-ce que cela prouve ?
STANISLAS
Rien, mon oncle, rien. Aussi n'est-ce pas ce que je veux dire. Ce que je veux dire, oncle vénéré, c'est qu'au moment où vous m'êtes apparu , je travaillais, je composais... en un mot, je me li-
vrais ù, une expérience chimique et mimique pour découvrir la cause de la maladie de votre fille... unique.
III PPOLYTE.
Oui, mon père, nous cherchions ensemble...
GUICHONET.
Taisez -vous, Hippolyte! — Continuez, monsieur.
Et cette cause inconnue, mais profonde, c'était une envie de pleurer générale, une espèce d'embètemciit universel.
HIPPOLYTE
Oh ! c'est bien vrai, mon père.
GUICHONET.
Silence, ma fille! poursuivez, docteur.
STANISLAS
Il n'y avait pas un moment à perdre; une minute de plus, et la mélancolie de ma cousine passait à l'état d'hypocondrie, de manie, de folie... (Hippolyte rit à part.)
(U ICHONET.
Enfin , mon ami ?
STANISLAS
Sa maladie était arrivée à un tel degré d'intensité qu'elle avait résisté... même à mon topique souverain... universel, infaillible !... à la célèbre polka !
GUICHONET.
Qu'est-ce que c'est que ça?
BALANDIN.
Un remède qu'il a inventé.
STANISLAS
Enfin, mon oncle, vous reparaissez !... c'est-àdire l'huissier Girardot, et c'est alors que, par une inspiration sublime, oubliant ma gravité, les convenances, ne considérant ni que vous êtes huissier, ni que vous êtes sourd, n'écoutant que le cri de l'humanité souffrante, je m'élance sur vous, je vous saisis, je vous tourne, je vous retourne, et grâce aux cabrioles que je vous oblige à exécuter en ])résence de mon intéressante malade, je provoque en elle cette crise salutaire, cet accès de gaîté folle...
HIPPOLYTE
Qui m'a empêchée de le devenir.
BALANDIN, avec enthousiasme.
Quel triomphe!
GUICHONET, à Hippolyte.
Tu te portes donc bien à présent ?
HIPPOLYTE, gaîment.
Tout à fait bien, mon père : je chante, je danse, je polke.
BALANDIN, avoc joic.
Elle polke!...
STANISLAS, prenant Hippolyte par la main. Voulez-vous en juger, mon oncle?
GUICHONET.
Non, non, non.
LA POLKA E.N PROVINCL.
BAL.WDiN, avec intention.
Dis donc, Guichonet... il a pris la main de ta fille.
Gl ICHON ET,
Eh bien , qu'il la garde !
UIPPOLYTE, avec joie.
Oli! papa!
STANISLAS, embrassant sa cousine.
Oh! mon oncle!
BALANDIN, à Glliclionct.
Oh ! mon ami ! (A Stanislas.) Oh ! mon fils ! (Ici on entend un air sur le piston dans la coulisse.)
STANISLAS
Qu'est-ce que c'est que ça?
BALANDIN.
Une fanfare!...
STANISLAS, à part.
Oh ! Godinard aurait-il réussi?
BALANDIN, allant au fond.
Mais c'est ton Anglais qui s'en va ! ( Ici Claudine entre et confirme la nouvelle.)
STANISLAS, à part.
Bravo! (Haut.) Oui, oui, papa... avec son groom!
BALANDIN.
Guéri !
GUICHONET.
Lui aussi?
BALANDIN.
Ah! c'est superbe !... quelle cure!...
HIPPOLYTE, à part et souriant.
Comme la mienne, sans doute.
BALANDIN.
Enfant vraiment surprenant, t'i guériras tout le département.
STAM SI. AS.
Oui, mon père, avec la polka.
BALANDIN.
Comment! c'est cette polka qui a guéri ma nièce, qui a guéri l'Anglais... Ah rà! elle me guérirait donc aussi, moi?... de certain petit rhumatisme...
STANISLAS
Si elle vous guérirait! mettez-vous là, mon père. Voilà ce qu'il s'agit d'exécuter, et je vous réponds après de la guérison. Vous pouvez m'en croire... (A part.) Je ne suis pas médecin. (Il danse avec Hippolyte. — Yers la fin, quand Stanislas et Hippoljle ont terminé leurs figures, Balandin et Guichonet, qui se sont levés comme entraînés, gagnent le fond du théâtre et dansent à leur tour, en donnant la main à Claudine placée entre eni deux.)
HIPPOLYTE, an public.
Air : Vaudeville des Frères de lait.
Je vais, messieurs, vous sembler bien hardie ; Mais la polka dansée ici, ce soir.
De la polka n'est point la parodie...
C'est la polka que vous venez de voir, C'est elle encor que vous venez de voir. Je dirai plus et, quelque discutable Que soit d'abord cette prétention, Notre polka seule est la véritable
Que l'on danse... à Chàteau-Chinon ; Elle est la seule unique et véritable,
La polka de Chàteau-Chinon.
FIN DE LA rOLKA EN PROVINCE.