‹ Théâtre de Alexis de Comberousse, précédé d'une noticeChapitre 94 sur 764 · I.KON ARD · texte numérisé non relu

I.KON ARD

Des prières?... Eh! mon Dieu, je lui en ai fait mille, moi; mais si elle y met de l'entôtement, j'en mettrai aussi; le métier que je fais m'ennuie à la fin, et j'entends et je prétends que ce soir même vous soyez réconciliés.

LKOPOI.D.

Non, monsieur, non!... puisque l'idée seule de me revoir lui cause une horreur si invincible, je ne veux pas l'y contraindre; qu'elle vive en paix! ici, loin de moi, loin de tout ce qui lui fut cher... je n'ai plus qu'à m'éloignerl Adieu, monsieur. LÉONARD, l'arrêtant.

Doucement, doucement! et le code Napoléon? il me semble que vous l'oubliez aussi. Que diable, on ne s'en va pas comme ça! on ne jette pas tout de suite le manche après la cognée!...

LÉOPOI.D.

Et quepuis-jo faire désormais? Veillez sur elle, monsieur : toncz-lui lieu des amis , des parents qu'elle fuit et qu'elle repousse; quant à moi, je n'ai plus qu'à remonter en voiture.

LÉONARD

Pus si vite, s'il vous plaît, pas si vite, un peu de patience.

LÉoroLD.

Mon parti est pris, monsieur. (Il sonne, nn domestique paraît.) Des chevaux de poste à l'instant!... ma voiture est dans la cour... qu'on attelle !... (Le domestique sort.)

LÉONARD

Quelle tête vous a cette jeunesse!... Allons, monsieur, puisqu'on ne peut vous retenir, p;ntcz, laissez le pauvre oncle dans l'embarras, récompensez ainsi son dévouement et son amitié. Dieu sait ce que tout cela deviendra.

LÉOPOLD

Pardonnez-moi, monsieur Léonard; mais je ne peux rester ici plus longtemps.

UN DOMESTIQUE, entrant.

Un messager demande à parler à M. Léonard.

Un messager?

LE DOM ESTIQUE.

Il arrive du village voisin.

LÉONARD

Qu'il attende.

LE DO MESTI OUE

Il a ordre de vous voir à l'instant.

LÉONARD

Bon ! encore une tuile qui va me tomber sur la tète! Toutes les affaires, toutes les inquiétudes, et ne pas savoir pourquoi! ^A Léopold.) Au moins, mon ami, ne partez pas avant mon retour. (Il sort. )

SCENK VI.

Li:OPOLD, .'=cul.

Oui, je partirai! rester est impossible! mai^ partir?... pour aller... où?... est-il un lieu maintenant où l'on m'attende, où l'on me désire?... quelle existence est désormais la mienne!... Une femme s'était rencontrée que j'aimais uniquement ; j'avais dédaigné ce que les autres hommes rcchcrclient avec tant de soins : la fortune, les placer, les honneurs; combien l'ambition m'avait sembi mesquine devant ce bonheur de tous les inst:uiu que donne un véritable amour!... Ah ! comment le cœur est-il donc fait, que ce qui l'a cbaniid'abord puisse ensuite laisser place à de nouveaux sentiments? mais le ciel m'a puni!... Depuis deux mois, nul n'a pu deviner ce qui se jiassait là!... De tous les biens que la vie peut offrir, je n"(n avais désiré qu'un : passer mes jours près d'un ' femme qui m'eût aimé; et celle qui est la miemi' , celle à qui je suis uni pour toujours, elle me hait, me méprise peut-être! Son innocence ne peut comprendre un second amour, que moi-mi'iin'. j'ai compris à peine; quand je la contraindrai-- à demeurer près de moi, que verrais-jechaque joui ? sa défiance, son inquiétude, son humeur; elle c-t aigrie par le chagrin; ses paroles sontamères, son cœur est plein de regrets! Sa mère, craintive et désolée, me fuit et tremble!... Quel avenir espérer? ailleurs il n'y a rien pour moi! rien!... le monde m'accusera d'avoir abandonné Cécile 1... peut-être il lui supposera des torts?... Ainsi, api es lui avoir ravi la gaîté et le bonheur de son â:ii', je lui ùterais encore sa réputation?... Malheureux ! (Il marche avec agitation.) Il est des cas où le mal est sans remède... un seul excepté!... j'y avais songé déjà!... Oui, quand la vie est à char;;e, quand elle n'offre plus de bonheur possible 1 1 qu'elle nuit au bonheur des autres, il faudrait n'avoir pas cinq minutes décourage!...

UN DOMESTIQUE, entrant.

Monsieur, les chevaux sont atffelés.

LÉOPOLD

Je ne pars pas; qu'on emmène la voiture. (Le domestique sort.) Allons, c'en est fait! rendons à tout ce qui m'entoure le repos et le bonheur! Un regard! oh! un regard encore à cette chambre où elle était il n'y a qu'un moment! que je croie la voir, et tout sera fini ! (Il entre dans la chambre à droite; on a entendu la voitivre s'éloigner.)

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