ACTE Il, SCENE V
DABINS.
Ainsi vous le quittez de la reconnaissance.
MELAC PERE.
Exiger de la reconnaissance, c’est vendre ses services ; mais ce n’est pas ici le cas. Aurelly m’a souvent donné l’exemple de ce que je fais pour lui.
DABINS.
Oh! monsieur , votre vertu s’exagére...
MELAC PERE.
Non, cher Dabins. Depuis trente ans que je lui dois mon état et mon bien-étre, voici la seule occasion que j’aie eue de prendre ma revanche. Je quittais le service , ot j’avais eu bientot consumé le chétif patrimoine d’un cadet de ma province. Je revenais thez moi, blessé, réformé, ruiné, sans biens ni ressources. Le hasard me fit rencontrer ici ce digne Aurelly, mon ami dés lenfance. Avec quelle tendresse il m/offrit un asile! 11 sollicita , il obtint 4 mon insu la place que yoccupe encore; il fit plus , il vainquit ma répugnance pour un état aussi éloigné de celui que j’avais embrassé. « Prenez, « prenez, me dit-il ; 3 et si vous craignez que l’état n’honore « pas assez Yhomme, ce sera homme qui honorera I’état. « PlusVabus dun métier est facile, moins il faut ’étre au « choix des gens qui doivent Vexercer: et-qui sait, dans ce- « lui-ci, le bien qu’un homme vertueux peut faire? tout le « mal qu il peut empécher ? » Son zéle éloquent me gagna; il nv instruisit au travail, il me servit de pére. O mon/cher Aurelly!
; DABINS.
Vous m/avez interdit toute représentation.
MELAC PERE.
N’ajoutez pas un mot. Les cent mille francs que vous tenez en lettres de change sont 4 moi: puis-je en user mieux au gré de mon ceeur? A l’égard du reste, Saint-Alban est en tournée pour trois mois... Aurelly aura le temps nécessaire...
Mais, d'un moment a V’autre, il peut vous venir tel ordre... MELAC PERE,
Je vous ai dit que je vais a Paris : j’y aurai bientét recouvré les effets d’Aurelly; j’en ferai de argent, si ’on m’en demande. Ce n’est ici qu’un bon office, comme vous voyez.
DABINS.
Monsieur , Je vous admire.
MELAC PERE.
* Allez, mon pry quwil ne vous retrouve point avec moi.