‹ Théâtre de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 121 sur 504 · ACTE Ill, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE Ill, SCENE II

AURELLY.

Je rougirais toute ma vie d’avoir été le vétre, si vous é¢tiez coupable d’une si basse infidélité.

MELAG PERE.

Rougissez donc... car.je le suis.

AURELLY s’échauffant.

Vous V’étes!

MELAC FILS.

Cela ne se peut pas.

AURELLY d’un ton plus doux.

Avez-vous eu l’imprudence d’obliger quelqu’un avec ces fonds? Parlez. — Au moins vous avez une reconnaissance, un titre, une excuse qui permette 4 vos amis de s’employer

pour vous.

MELAC PERE vivement.

Je n’ai pas dit que jeusse prété Vargent.

AURELLY, , . Vous Paviez lundi.

MELAC FILS tremblant.

Hier encore je l’ai vu , mon pére.

} AURELLY. - Cent mille francs 4 vous, destinés 4 l’établissement de vo-

tre fils, ot sont-ils ?

MELACG PERE.

Toutes les pertes du monde me toucheraient moins que Pimpossibilité de justifier ma conduite.

AURELLY.

Vous gardez le silence avec moi?’ MELAC FILS.

Mon pére...

MELAC PERE.

Plus vous étes mon ami, moins je puis parler. AURELLY.

Votre ami!... je ne le suis plus.

MELAC FILS.

Ah monsieur!

AURELLY.

« Si c’était moi? » me disait-il ce matin. — Ainsi donc, en défendant les malhonnétes gens, e’était ta cause que tu plaidais ?

3 MELAG PERE. é Je n'ai plaidé que celle des infortunés.

Avec quel sang-froid. .! Je mourrais de douleur, si rien de semblable. .. :

MELAC PERE vivement.

Ami, je n’en suis que trop certain.

AURELLY.

Et tu soutiens mes reproches!

MELAG PERE.

Plait au ciel que jeusse pu les éviter!

AURELLY.

En fuyant honteusement.

MELAC PERE.

Moi fuir !

AURELLY.

Ne partiez-vous pas? — Je ne parle point du tort que tu fais a tes garants : mais, malheureux, n’avez- vous donc attendu, pour vous déshonorer , que le temps nécessaire pour apprendre 4 n’en point rougir ?

MELAG FILS pénetré.

Ah monsieur! :

MELAC PERE avec dignité.

N’avez-vous jamais été blamé pour laction méme dont votre vertu se glorifiait ?

AURELLY s’échauffant.

Invoquer la vertu-lorsqu’on manque 4 ’honneur! MELAG FILS d’un ton sombre,

Monsieur...

MELAG PERE avee douceur.

Aurelly, je puis beaucoup souffrir de vous.

AURELLY avec feu, Les voila donc, ces philosophes ! Ils font indifféremment le bien ou le mal, selon qu'il sert 4 leurs vues!... MELAG FILS plus fort.

Monsieur Aurelly !...

AURELLY.

Vantant 4 tous propos la vertu, dont ils se moquent; et ne songeant qu’d leurs intéréts, dont ils ne parlent jamais ! MELAG FILS s’échauffant.

Monsieur Aurelly |...

AURELLY plus vite.

Comment un principe d@’honnéteté les arréterait-il , eux qui

n’ont jamais fait le bien que pour tromper impunément les hommes !

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