ACTE 1, SCENE II. RY
LE BARON
Pardonnez-moi , ma sceur ; voila trois fois que vous le dites : jirai en sortant de chez le capitaine Cowerly.
MADAME MURER
Comme il vous plaira pour celuila; je ne m’y intéresse , ni ne veux le voir ici.
Comment! Je frére d’un homme qui va épouser ma fille! Ce nest pas une affaire faite.
LE BARON
C’est comme si elle l’était.
MADAME MURER
Je n’en crois rien. La belle idée de marier votre fille 4 ce vieux Cowerly qui n’a pas cing cents livres sterling de revenu, ef qui est encore plus ridicule que son frére le capitaine!
LE BARON
Ma sceur, je ne souffrirai jamais qu’on avilisse en ma présence un brave officier, mon ancien ami.
a MADAME MURER.
Fort bien ; mais je n’attaque nisa bravoure, ni son ancienneté : je dis seulement qu’il faut 4 votre fille un mari qu’elle puisse aimer.
LE BARON
De la maniére dont les hommes d’aujourd’hui sont faits , c’est assez difficile.
MADAME MURER
Raison de plus pour le choisir aimable.
LE BARON
Honnéte.
MADAME MURER
L’un n’exclut pas lautre.
LE BARON
Ma foi, presque toujours. Enfin j’ai donné ma parole a Cowerly.
I! aura Ja bonté de vous la rendre.
LE BARON
Quelle femme! Puisqu’il faut vous dire tout, ma sceur , il ya entre nous un dédit de deux mille guinées : croyez-vous qu’on ait aussi la bonté de me le rendre ?
MADAME MURER
Vous comptiez bien sur mon opposition, quand vous avez
32 EUGENIE,
fait ce bel arrangement ; il pourra vous cotter quelque chose, mais je ne changerai rien au mien. Je suis veuve et riche , ma niéce est sous ma conduite, elle attend tout de moi ; et depuis la mort de sa mére, le soin de l’établir me regarde seule. Voila ce que je vous ai dit cent fois ; mais vous n’entendez rien.
LE BARON brusquement.
Il est done assez inutile que je vous écoute : je m’en vais. Adieu, mon Eugénie : tu m’obéiras , n’est-ce pas ?
(Illa baise au front, et sort. )