‹ Théâtre de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 166 sur 504 · ACTE I, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV

LE COMTE

Heureux Figaro, tu vas yoir ma Rosine! tu vas la voir! Concois-tu ton bonheur ?

FIGARO

C’est bien 1a un propos d’amant! Est-ce que je Vadore, moi? Puissiez-vous prendre ma place!

LE COMTE

Ah! si Pon pouvait écarter tous les surveillants! FIGARO.

C’est a quoi je révais.

LE COMTE

Pour douze heures seulement !

~ ‘FIGARO

En occupant les gens de leur propre intérét, on les empéche de nuire a l’intérét d’autrui.

LE COMTE

Sans doute. Eh bien?

FIGARO révant.

Je cherche dans ma téte si la pharmacie ne fournirait pas quelques petits moyens innocents...

LE COMTE

Scélérat!

FIGARO

Est-ce que je veux leur nuire? Ils ont tous besoin de mon ministére. Il ne s’agit que de les traiter ensemble.

Mais ce médecin peut prendre un soupcon.

FIGARO

Il faut marcher si vite que le soupcon ait pas le temps de naitre. Il me vient une idée : le régiment de Royal-Infant arrive en cette ville.

LE COMTE

Le dolonel est de mes amis.

FIGARO

Bon. Présentez-vous chez le docteur en habit de cavalier, avec un billet de logement; il faudra bien qu’il vous beens P et moi, je me charge du reste.

LE COMTE

Excellent !

FIGARO

Il ne serait méme pas mal que vous eussiez lair entre deux vins...

~LE COMTE

‘A quoi bon?

FIGARO

Et le mener un peu lestement sous cette apparence déraisonnable.

LE COMTE

A quoi bon?

Pour qu’il ne prenne aucun ombrage, el vous croie plus pressé de dormir que d’intriguer chez lui.

LE COMTE

Supérieurement vu! Mais que n’y vas-tu, toi?

FIGARO

Ah! oui, moi! Nous serons bien heureux s’il ne vous reconnaif pas, vous qu’il n’a jamais vu. Et comment vous introduire aprés ? f ; LE COMTE.

Tu as raison.

FIGARO

C’est que vous ne pourrez peut-étre pas soutenir ce person-

nage difficile. Cavalier... pris de vin...

LE COMTE

Tu te moques de moi. (Prenant un ton ivre.) N’est-ce point

ici la maison du docteur Bartholo, mon ami?

FIGARO

Pas maf, en vérité; vos jambes seulement un peu plus avi-

nées. (D’un ton plus ivre.) N’est-ce pas ici la maison...

LE COMTE

Fi donc! tu as Vivresse du péuple.

FIGARO

Cest la bonne; c’est celle du plaisir.

LE COMTE

La porte s’ouyre.

FIGARO

C’est notre homme : éloignons-nous jusqu’a ce qu’il soit parti.

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