ACTE I, SCENE Il
cur? La pauvre jeunesse est si maiheureuse aujourd’hui, qu’elle n’a que ce terrible choix : amour sans repos, ou repos sans amour.
“ ROSINE baissant les yeux.
Repos sans amour... paraif...
FIGARO
Ah! bien languissant. Il semble, en effet, qu’amour sans repos se présente de meilleure grace : et pour moi, si j’étais femme...
Sie ROSINE avec embarras, — il est certain qu’une jeune personne ne peut empécher un hennéte homme de l’estimer.
FIGARO
Aussi mon parent vous estime-t-il infiniment. ROSINE.
Mais s'il allait faire quelque imprudence , monsieur Figaro , il nous perdrait.
FIGARO 4 part.
I] nous perdrait ! (Haut. ) Si vous le Jui défendiez expressément par une petite lettre... Une lettre a bien du pouvoir.
ROSINE lui donne Ja lettre qu’elle vient d’écrire,
Je n’ai pas le temps de recommencer celle-ci ; mais en la lui
donnant , dites-lui... dites-lui bien... (Elle écoute.)
FIGARO, Personne, madame.
‘ ROSINE
Que c’est par pure amitié tout ce que je fais. FIGARO.
Cela parle de soi. Tudieu ! amour a bien une autre allure! ROSINE.
Que par pure amitié, entendez-vous? Je crains seulement que , rebuté par les difficultés...
FIGARO
Oui, quelque feu follet. Souvenez-vons , madame, que le vent qui éteint une lumiére allume un brasier , et que nous sommes ce brasier-la. D’en parler seulement , il exhale un tel fen quil m’a presque enfiévré (1) de sa passion, moi qui n’y ai que voir!
ROSINE
Dieux ! j’entends mon tuteur. S’il vous trouvait ici... Passez
41) Le mot enjievre, qui n’est plus francais, a excité la plus vive indignation parmi les puritains littéraires; je ne conscille 4 aucun galant
par le cabinet du clavecin, et descendez le plus doucement que vous pourrez.
FIGARO
Soyez tranquille. (A part, montrant la lettre.) Voici qui yaut mieux que toutes mes observations. (1l entre dans le cabinet. )