ACTE II, SCENE Xtv
de gens de guerre , vous n’étes pas exempt de politesse peut-
étre? Décamper! Montrez-moi votre brevet d’exemption ;
quoique je ne sache pas lire, je verrai bientét. ‘ BARTHOLO.
Qu’a cela ne tienne. 11 est dans’ ce bureau.
LE COMTE, pendant qu’ily va, dit, sans quitter sa place :
Ah!ma belle Rosine !
ROSINE
* Quoi, Lindor, c’est vous? ~ LE COMTE.
-Recevez au moins cette lettre.
ROSINE
Prenez garde, il a les yeux sur nous.
LE COMTE
Tirez votre mouchoir, je la laisserai tomber (IL s’approche.) BARTHOLO.
Doucement, doucement,, seigneur soldat; je n’aime point qu’on regarde ma femme de si prés.
LE COMTE
Elle est votre femme ?
BARTHOLO
Eh quoi donc?
LE COMTE
Je vous ai pris pour son bisaieul paternel, maternel, sempiternel: il y a au moins trois générations entre elle et vous. BARTHOLO lit un parchemin,
« Sur les bons et fidéles témoignages qui nous ont été ren- « dus... »
LE COMTE donne un coup de main sous les parchemins , qui les
envoie au plancher.
Est-ce que j’ai besoin de tout ce verbiage ?
BARTHOLO
Savez-vous bien, soldat, que si j’appelle mes gens, je vous
fais traiter sur-le-champ comme vous le méritez ? LE COMTE.
Bataille? Ah, volontiers, bataille! c’est mon métier, 4 moi (montrant son pistolet de ceinture), et voici de quoi leur jeter de la poudre aux yeux. Vous n’avez peut-étre jamais vu de bataille , madame ?
ROSINE
Ni ne veux en voir.
LE COMTE
Rien n’est pourtant aussi gai que bataille. Figurez-vous
(poussant le docteur) d’abord que ’ennemi est d’un cété du ravin, et les amis de lautre. (A Rosine en lui montrant la lettre.) Sortez le mouchoir. (Il crache a terre.) Voila le ravin, cela s’entend.
ROSINE tire son mouchoir; le comte laisse tomber ga lettre entre
) elle et lui.
BARTHOLO se baissant.
Ah, ah!
LE COMTE la reprend et dit :
Tenez... moi qui allais vous apprendre ici les secrets de mon métier... Une femme bien discréte , en vérité! ne voilat-il pas un billet doux qu’elle laisse tomber de sa poche?
BARTHOLO
Donnez, donnez.
LE COMTE
Dulciter, papa! chacun son affaire. Si une ordonnance de
rhubarbe était tombée de la votre?
ROSINE avance la main.
Ah! je sais ce que c’est, monsieur le soldat. (Elle prend 1a lettre, qu’elle cache dans la petite poche de son tablier.) BARTHOLO.
Sortez-vous enfin ?
LE COMTE
Eh bien, je sors. Adieu, docteur; sans rancune. Un petit compliment, mon cceur: priez la mort de m’oublier encore quelques campagnes ; la vie ne m’a jamais été si chére.
BARTHOLO
Allez toujours. Sij’avais ce crédit-la sur la mort... LE COMTE.
Sur la mort? N’étes-vous pas médecin ? Vous faites tant de
choses pour elle, qu’elle n’a rien 4 vous refuser. (II sort.)