‹ Théâtre de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 189 sur 504 · ACTE II, SCENE xy · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE xy

n’es-tu pas un peu curieuse de lire avec moi le papier qu’il t’a cemis ?

ROSINE

Quel papier?

BARTHOLO

Celui qu'il a feint de ramasser pour te le faire accepter. ROSINE.

Bon! c’est la lettre de mon cousin Vofficier, qui était tombée de ma poche.

BARTHOLO

Jai idée, moi, qu’il l’a tirée de la sienne.

ROSINE

Je lai trés-bien reconnue.

BARTHOLO

Qu’est-ce qu’il cotite d’y regarder ?

ROSINE

Jene sais pas seulement ce que j’en ai fait.

BARTHOLO montrant la pochette

~ Tulas mise la.

ROSINE

Ah, ah! par distraction.

BARTHOLO

Ah! strement. Tu vas voir que ce sera quelque folie. ROSINE a part.

Si je ne le mets pas en colére, il n’y aura pas moyen de re-

fuser.

BARTHOLO

Donne donc , mon cceur.

ROSINE

Mais quelle idée avez-vous en insistant, monsienr? Est-ce encore quelque méfiance?

Mais vous , quelle raison avez-vous de ne pas la montrer?

Je vous répéte, monsicur, que ce papier n’est autre que la 1ettre de mon cousin, que vous m’avez rendue hier toute décachetée; et puisqu’il en est question, je vous dirai tout net que cette liberté me déplait excessivement.

BARTHOLO

Je ne vous entends pas.

ROSINE

Vais-je examiner les papiers qui vous arrivent? Pourquoi vous donnez-vous les airs de toucher ceux qui me sont

adressés? Si c’est jalousie, elle m’insulte ; s'il s'agit de ’abus d'une autorité usurpée , j’en suis plus révoltée encore. » BARTHOLO.

Comment, révoltée! Vous ne m’avez jamais parlé ainsi. ROSINE.

Si je me suis modérée jusqu’da ce jour, ce n’était pas pour vous donner le droit de m’offenser impunément. BARTHOLO.

De quelle offense me parlez-vous ?

ROSINE

C’est qu’il est inoui qu’on se permette douvrir les lettres de quelqu’un.

BARTHOLO

De sa femme ?

ROSINE

Je ne la suis pas encore. Mais pourquoi lui donnerait-on la

préférence d’une indignité qu’on ne fait 4 personne ?

Vous voulez me faire prendre le change et détourner mon attention du billet, qui, sans doute , est une missive de quelque amaut. Mais je le verrai, je vous assure.

ROSINE

Vous ne le verrez pas. Si vous m’approchez, je m’enfuis de cette maison, et je demande retraite au premier venu. BARTHOLO.

Qui ne vous recevra point.

ROSINE

C'est ce qu’il faudra voir.

BARTHOLO

Nous ne sommes pas ici en France, ot l’on donne toujours raison aux femmes: mais, pour vous en oter la fantaisie, je vais fermer la porte.

ROSINE pendant qu’il y va.

Ah ciel! que faire?... Mettons vite ala place la lettre de mon

cousin , et donnons-lui beau jeu 4 la prendre. (Elle fait ’échange, et met la lettre du cousin dans sa pochette, de facon quelle sorte un peu.) BARTHOLO revenant.

Ah! jespére maintenant la voir.

ROSINE

De quel droit, s'il vous plait?

BARTHOLO

Du droit le plus universellement reconnu, celui du plus

fort. ?

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