‹ Théâtre de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 194 sur 504 · ACTE Il, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE Il, SCENE II

BARTHOLO effrayé.

Parlez bas; parlez-bas!

LE COMTE plus haut.

.... En est délogé ce matin. Comme c’est par moi qu’il a

su que le comte Almaviva...

BARTHOLO

Bas; parlez bas, je vous prie.

LE COMTE du méme ton.

.... Efait en cette ville, et que j’ai découvert que la signora

Rosine lui a écrit...

BARTHOLO

Lui a écrit ? Mon cher ami, parlez plus bas, je vous en conjure ! Tenez, asseyons-nous, et jasons d’amitié. Vous avez découvert, diles-vous, que Rosine....

LE COMTE fiérement.

Assurément. Bazile , inquiet pour vous de cette correspondance, m’avait prié de vous montrer sa lettre ; mais la maniére dont vous prenez les choses...

BARTHOLO

Eh mon dieu! je les prends bien. Mais ne vous est-il donc pas possible de parler plus bas ?

LE COMTE

Vous étes sourd d’une oreille , avez-vous dit.

Pardon, pardon, seigneur Alonzo, si vous m’avez trouvé méfiant et dur ; mais je suis tellement entouré d’intrigants , de piéges..; et puis votre tournure, votre 4ge, votre air... Pardon, pardon. Eh bien! vous avez la lettre ?

LE COMTE

A labonne heure snr ceton, monsieur! Mais je crains

qu’on ne soit aux écoutes.

BARTHOLO

Eh ! qui voulez-vous ? tous mes valets sur les dents ! Rosine enfermée de fureur! Le diable est entré chez moi. Je vais encore m’assurer... :

(Il va ouvrir doucement la porte de Rosine.). LE COMTE & part.

Je me suis enferré de dépit. Garder la lettre 4 présent ! il faudra m’enfuir: autant vaudrait n’étre pas venu... La lui montrer!... Si je puis en prévenir Rosine, la montrer est an coup de maitre.

: BARTHOLO revient sur la pointe du pied

Elle est assise auprés de sa fenétre, le dos. tourné a la

porte, occupée a relire une lettre de son cousin lofficier, que javais décachetée..... Voyons done la sienne. EE COMTE lui remet la lettre de Rosine.

La voici. (A part.) C’est ma lettre qu’elle relit. BARTHOLO lit. - « Depuis que vous m’avez appris votre nom et votre « état.» Ab! la perfide! c’est bien 1a sa main. LE comTs effrayé.

Parlez done bas 4 votre tour.

Quelle obligation, mon cher !...

‘Quand tout sera fini, si vous croyez m’en devoir, vous serez le maitre. D’aprés un travail que fait actuellement don Bazile avec un homme de loi...

BARTHOLO

Avec un homme de loi, pour mon mariage?

LE COMTE

Vous aurais-je arrété sans cela? Il m’a chargé de vous dire que tout peut étre prét pour demain. Alors, si elle résiste... BARTHOLO.

Elle résistera. :

LE COMTE veut reprendre la lettre, Bartholo la serre.

Voila Pinstant ot je puis vous servir: nous lui montrerons sa lettre, et s’il le faut (plus mystérieusement) Jirai jusqu’a lui dire que je la tiens d’une femme a qui le comte l’a sacrifiée. Vous sentez que le trouble, la honte, le dépit, peuvent la porter sur-le-champ...

BARTHOLO riant.

De la calomnie ! Mon cher ami, je vois bien maintenant que vous venez de la part de Bazile ! Mais pour que ceci n’edt pas Pair concerté, ne serait-il pas bon qu’elle vous connit davance? ~

LE COMTE réprime un grand mouvement de joie.

C’était assez Pavis de don Bazile. Mais comment faire? il

est tard... au peu de temps qui reste.

BARTHOLO

Je dirai que vous venez en sa place. Ne lui donnerez-vous pas bien une lecon ?

LE COMTE

Il n’y a rien que je ne fasse pour vous plaire. Mais prenez garde que toutes ces histoires de maitres supposés sont de

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