‹ Théâtre de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 234 sur 504 · ACTE 1, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCENE I

FIGARO

Et qu’est-ce qu'il y a, bon dieu ?

SUZANNE

Il y a, mon ami, que, las de courtiser les beautés des environs, monsieur le comte Almaviva veut rentrer au chateau, mais non pas chez sa femme ; c’est sur la tienne , entends-tu , qu’il a jeté ses vues , auxquelles il espére que ce logement ne nuira pas. Et c’est ce que le loyal Bazile, honnéte agent de ses plaisirs , et mon noble maitre a chanter, me répéte chaque jour, en me donnant lecon.

FIGARO

Bazile! 6 mon mignon, si jamais volée de bois vert , appliquée sur une échine , a diiment ‘redressé Ta moelie ¢ épiniére a quelqu’un...

SUZANNE

Tu croyais, bon garcon, que cette dot qu’on me donne était pour les beaux yeux de ton mérife ?

FIGARO

Javais assez fait pour lespérer.

SUZANNE

Que les gens d’esprit sont bétes!

FIGARO

On le dif.

SUZANNE

Mais c’est qu’on ne veut pas le croire.

FIGARO

On a tort.

SUZANNE

Apprends qu’il la destine 4 obtenir de moi, secrétement, certain quart d’heure, seul a seule, qu’un ancien droit du seigneur... Tu sais sil était triste! —

FIGARO

Je le sais tellement, que si monsieur le comte en se mariant. n’etit pas aboli ce droit honteux , jamais je ne t’eusse épousée dans ses domaines.

SUZANNE

Eh bien! s'il a détruit, il s’en repent; et c’est de ta fiancée qu’il veut le racheter en secret aujourd’ hui. FIGARO se frottant la téte.

Ma téte s’amollit de surprise, et mon front fertilisé... SUZANNE.

Ne le frotte donc pas!

FIGARO

Quel danger ?

SUZANNE riant.

S’il y venait un petit bouton, des gens superstitieux... FIGARO.

Tu ris, friponne! Ah! s'il y avait moyen d’attraper ce grand trompeur, de le faire donner dans un bon piége, et @empocher son or!

SUZANNE

De lintrigue et de l’argent, te voila dans ta sphere. FIGARO.

Ce wrest pas la honte qui me retient.

SUZANNE

La crainte ?

FIGARO

Ce n’est rien d’entreprendre une chose dangereuse, mais @échapper au péril en Ja menant a bien : car d’entrer chez quelqu’un Ja nuit, de lui souffler sa femme , et d’y recevoir cent coups de fouet pour Ja peine, il n’est rien plus aisé ; mille sots coquins lont fait. Mais..... (On sonne de Vintéricur.)

SUZANNE

Voild madame éveillée ; elle m’a bien recommandé d’étre la

premiére 4 lui parler le matin de mes noces.

FIGARO

Y a-t-il encore quelque chose la-dessous ?

SUZANNE

Le berger dit que cela porte bonheur aux épouses délaissées. Adieu, mon petit fi, fi , Figaro; réve a notre affaire.

FIGARO

Pour m’ouvrir l’esprit , donne un petit baiser. SUZANNE.

Amon amant aujourd’hui? Je t’en souhaite ! Et qu’en dirait demain mon mari ? (Figaro Vembrasse.) SUZANNE.

Hé bien! hé bien !

FIGARO

C'est que tu n’as pas d’idée de mon amour.

SUZANNE se defrippant.

Quand cesserez-vous, importun, de m’en parler du matin au soir ?

FIGARO mystéricusement, Quand je pourrai te le prouver du soir jusqu’au matin. ( On sonne une seconde fois.) SUZANNE de Join, les.doigts unis sur sa bouche.

Voila votre baiser, monsieur ; je n’ai plus rien A vous.

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