‹ Théâtre de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 247 sur 504 · ACTE 1, SCENE IX · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCENE IX

BAZILE

Ah, que je suis faché d’étre entré!

SUZANNE troublée.

Mon dieu! mon dieu!

LE COMTE a Bazile.

Flle est saisie. Asseyons-la dans ce fauteuil. SUZANNE le repousse viyement, Je ne veux pas m’asseoir. Entrer ainsi librement, c’est indigne! :

LE COMTE

Nous sommes deux avec toi, ma chére. Il n’y a plus le

moindre danger!

BAZILE

Moi je suis désolé de m’étre égayé sur le page, puisque vous l’entendiez. Je n’en usais ainsi que pour pénétrer ses sen-

timerits ; car au fond...

LE COMTE

Cinquante pistoles, un cheval, et qu’on le renvoic a ses

parents.

BAZILE

Monseigneur, pour un badinage?

LE COMTE

Un petit libertin que j’ai surpris encore hier avec la fille du jardinier.

Avec Fanchette?

LE COMTE

Et dans sa chambre.

SUZANNE outrée.

Ou monseigneur avait sans doute affaire aussi! LE COMTE gaiement. :

Jen aime assez la remarque.

BAZILE

Elle est dun bon augure.

LE COMTE gaiement.

Mais non; j’allais chercher ton oncle Antonio, mon ivrogne de jardinier, pour lui donner des ordres. Je frappe, on est longtemps 4 m/’ouvrir; ta cousine a l’air empétré ; je prends un soup¢on, je lui parle, et tout en causant j’examine. Il y avait derriére la porte une espéce de rideau, de porte-manteau, de je ne sais pas quoi, qui couvrait des hardes ; sans faire semblant de rien, je vais doucement, doucement lever ce rideau (pour imiter le geste il léve la robe du fauteuil), et je vois... I apercoit le page. Ah...*

*3uzanne, Chérubin dans le fauteuil, le Comte, Bazile.

BAZILE

Ha, ha!

LE COMTE

Ce tour-ci vaut Pautre BAZILE.

Encore mieux.

LE COMTE a Suzanne.

A merveilles, mademoiselle ! a peine fiancée, vous iaites de ces appréts? C’était pour recevoir mon page que vous désiriez d’étre seule? Et vous, monsieur, qui ne changez point de con-

duite, il vous manquait de vous adresser, sans respect pour ' votre marraine, 4 sa premitre camariste, 4 la femme de votre ami! Mais je ne souffrirai point que Figaro, qu’un homme que j’estime et que jaime, soit victime d’une pareille tromperie. Etait-il avec vous, Bazile?

SUZANNE outrée.

Il n’y a tromperie ni victime; il était 1a lorsque vous me parliez.

LE COMTE emporté.

Puisses-tu mentir en le disant! son plus cruel ennemi n’oserait lui souhaiter ce malheur.

SUZANNE

Il me priait d’engager madame a vous demander sa grace. Votre arrivée l’a si fort troublé, quwil s’est masqué de ce fauteuil.

LE COMTE en colére, Ruse d’enfer! je m’y suis assis en entrant.

CHERUBIN.

Hélas, monseigneur, j’étais tremblant derriére. LE COMTE.

Autre fourberie! je viens de m’y placer moi-méme. CHERUBIN.

Pardon; mais c’est alors que je me suis blotti dedans. LE COMTE plus outré,

C’est donc une couleuvre que ce petit... serpent-la! I nous écoutait!

CHERUBIN.

Au contraire, monseigneur, j’ai fait ce que jai pu pour ne vien entendre.

© perfidie! (A Suzanne) Tu n’épouseras pas Figaro, BAZILE, Contenez-vous , on vient

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