‹ Théâtre de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 298 sur 504 · ACTE Ill, SCENE XV · texte numérisé non relu

ACTE Ill, SCENE XV

tholo croit-il done que j’aye oublié ma syntaxe? Ainsi, je la payerai dans ce chateau, virgule, ou je ’épouserai... : BARTHOLO vite.

Sans virgule.

FIGARO vite.

Elle y est. C’est virgule , messieurs , ou bien je l’épouserai. BARTHOLO regardant le papier, vite.

Sans virgule , messieurs.

FIGARO vite.

Elle y était, messieurs. D’ailleurs, Vhomme qui épouse ~ est-il tenu de rembourser ?

BARTHOLO vite.

Oui; nous nous marions séparés de biens.

FIGARO vite.

Et nous de corps, dés que le mariage n’est pas quittance. (Les juges se lévent et opinent tout bas. ) BARTHOLO.

Plaisant acquittement!

DOUBLE-MAIN

Silence, messieurs !

‘L’HUISSIER glapissant

Silence !

BARTHOLO

Un pareil fripon appelle cela payer ses dettes. FIGARO.

Est-ce votre cause , avocat, que vous plaidez ? BARTHOLO Je défends cette demoiselle.

FIGARO

Continuez A déraisonner, mais cessez d’injurier. Lorsque , craignant ’emportement des plaideurs , les tribunaux ont to- 1éré qu’on appelat des tiers , ils n’ont pas entendu que ces défenseurs modérés deviendraient impunément des insolents privilégiés. C’est dégrader le plus noble institut.

(Les juges coutinuent d’opiner bas. ) ANTONIO 4 Marceline, montrant les juges.

Qu’ont-ils tant & balbucifier ?

MARCELINE

On a corrompu le grand juge; il corrompt Yautre, et je

perds mon proces.

BARTHOLO bas, d’un ton sombre,

Jen ai peur.

FIGARO gaiement.

Courage , Marceline! ‘ i

DOUBLE-MAIN se léve ; a Marceline,

Ah! c'est trop fort! je vous dénonce; et, pour ’honneur du tribunal, je demande qu’avant faire droit sur l’autre affaire , il soit prononcé sur celle-ci.

LE COMTE s’assied.

Non, greffier , je ne prononcerai point sur mon injure personnelle ; un juge espagnol n’aura point 4 rougir d’un exces digne au plus des tribunaux asiatiques : c’est assez des autres abus. J’en vais corriger un second, en vous motivant mon arrét : tout juge qui s’y refuse est un grand ennemi des lois. Que peut requérir la demanderesse ? mariage a défaut de payement; les deux ensemble impliqueraient.

DOUBLE-MAIN

Silence, messieurs!

L’HUISSIER glapissant.

Silence !

LE COMTE

Que nous répond le défendeur ? qu’il veut garder sa personne; a lui permis.

FIGARO ‘avec joie,

Jai gagné ! : .

LE COMTE

Mais comme le texte dit : « laquelle somme je payerai 4 sa « premiére réquisition, ou bien j’épouserai, etc., » la cour condamne le défendeur a payer deux mille piastres fortes a la demanderesse , ou bien 4 )’épouser dans le jour. (Il se léve. )

FIGARO stupéfait,

Jai perdu.

ANTONIO avec joie Superbe arrét !

FIGARO, En quoi superbet ANTONIO, En ce que tu n’es plus mon neveu. Grand merci, monseigneur. 4 L’HUISSIER glapissant.

Passez , messieurs. ( Le peuple sort. ) ANTONIO.

Je m’en vas tout conter 4 ma niéce.

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