ACTE VY, SCENE VIN. 41g
SUZANNE, lui fermant la bouche avec sa main, oublie de déguiser sa voix.
N’appelez pas! -
FIGARO a part.
Eh c’est Suzon! God-dam !
SUZANNE du ton de la comtesse.
Vous. paraissez inquiet.
FIGARO a part.
Traitresse ! qui veut me surprendre!
SUZANNE
ll faut nous venger , Figaro.
FIGARO
En sentez-vous le vif désir ?
SUZANNE
Je ne serais donc pas de mon sexe! Mais les hommes en ont cent moyens.
FIGARO confidemment.
Madame, il n’y a personne ici de trop. Celui des femmes... les vaut tous.
SUZANNE 4 part.
Comme je le souffletterais!
FIGARO 4 part.
Il exalt bien gai qu’avant la noce...
SUZANNE
Mais qu’est-ce qu’une telle vengeance qu’un peu d’amour n’assaisonne pas?
FIGARO
Partout ot vous n’en voyez point, croyez que le respect dissimule.
SUZANNE piquée.
Je ne sais si vous le pensez de bonne foi, mais vous ne le dites pas de bonne grace.
FIGARO avec une chaleur comique, a genoux,
Ah! madame, je vous adore. Examinez le temps , le lieu , les circonstances , et que le dépit supplée en vous aux graces qui, manquent a ma priére.
SUZANNE a part.
La main me bridle!
FIGARO a part.
Le coeur me bat.
SUZANNE
Mais , monsieur , avez-vous songé... ?
FIGARO
Oui, madame; oui, j’ai songé. cm
.... Que pour la colére et Pamour...
FIGARO
... Tout ce qui se différe est perdu. Votre main, madame? SUZANNE de sa voix naturelle et lui donnant un soufflet. La voila.
FIGARO
Ah! demonio! quel soufflet!
SUZANNE lui en donne un second.
Quel soufflet ! Et celui-ci > FIGARO.
Et ques-d-quo? de par le diable! est-ici la journée des tapes? ;
SUZANNE le bat a chaque phrase.
Ah! ques-G-qguo? Suzanne : et voila pour tes soupcons, voila pour tes vengeances et pour tes trahisons, tes expédients, tes injures et tes projets. C’est-il ¢a de amour? Dis donc comme ce matin?
FIGARO rit en se relevant.
Santa barbara! oui c’est de amour. O bonheur! 6 délices! 6 cent fois heureux Figaro! Frappe, ma bien-aimée , sans te lasser. Mais quand tu m’auras diapré tout le corps de meurtrissures , regarde avec bonté, Suzon, ’homme le plus fortuné qui fut jamais battu par une femme
SUZANNE
Le plus fortuné! Bon fripon, vous n’en séduisiez pas moins la comtesse, avec un si trompeur babil, que, m’oubliant moi-méme, en verité, c’était pour elle que je cédais.
FIGARQ.
Ai-je pu me méprendre au son de ta jolie voix? SUZANNE en riant.
Tu m’as reconnue? Ah! comme je m’en.vengerai!
Bien rosser et garder rancune est aussi par trop féminin ! Mais dis-moi donc par quel bonheur je te vois la, quand je te croyais avec lui; et comment cet habit, qui m’abusait , te montre enfin innocente...
SUZANNE
Eh! c’est toi qui es un innocent, de venir te prendre au piége apprété pour un autre! Est-ce notre faute, a nous, si voulant museler un renard, nous en attrapons deux?
FIGARO
Qui donc prend Vautre ?