‹ Théâtre de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 356 sur 504 · SCENE Il · texte numérisé non relu

SCENE Il

SUZANNE, FIGARO regardant avec mystére.

(Cette scéne doit marcher chaudement. )

SUZANNE

Entre donc, Figaro! Tu prends Pair d’un amant en bonne fortune chez ta femme!

FIGARO

Peut-on parler librement?

SUZANNE Oui, sila porte reste ouverte.

FIGARO

Et pourquoi cette précaution ?

SUZANNE

C’est que ’homme dont il s’agit peut entrer d’un moment a Yautre.

FIGARO l’appuyant.

Honoré-Tartufe. — Bégearss?

SUZANNE

Et c’est un rendez-vous donné. —Ne t’accoutume donc pas a charger son nom d’épithétes; cela peut se redire et naire a fes projets.

FIGARO

{1 s’appelle Honoré!

SUZANNE

Mais non pas Tartufe.

FIGARO

Morbleu !

BeaumMarcHais,

SUZANNE

Tu as le ton bien soucieux !

FIGARO

Furieux. (Elle se léve. ) Est-ce la notre convention? M’aidezvous franchement, Suzanne, a prévenir un grand désordre ? Serais-tu dupe encore de ce trés-méchant homme?

SUZANNE

Non ; mais je crois qu’il se méfie de moi: i] ne me dit plus rien. J’ai peur, en vérité , qu’il ne nous croie raccommodés. FIGARO.

Feignons toujours d’étre brouillés.

SUZANNE

Mais qu’as-tu done appris qui te donne une telle humeur? FIGARO.

Recordons-nous d’abord sur les principes. Depuis que nous sommes a Paris , et que M. Almaviva... (Il faut bien lui donner son nom, puisqu’il ne souffre plus qu’on Vappelle monseisneur....) .

SUZANNE avec humeur.

C’est beau! et madame sort sans livrée ! Nous avons Pair de tout le monde!

' FIGARO

Depuis, dis-je, qu'il a perdu, pour une querelle du jeu, — son libertin de fils ainé , tu sais comment tout a changé pour nous ! Comme Phumeur du comte est devenue sombre et terrible!

SUZANNE

Tu n’es pas mal bourru non plus !

FIGARO

Comme son autre fils parait lui devenir odieux ! ; SUZANNE.

Que trop!

FIGARO

Comme madame est malheureuse !

SUZANNE

C’est un grand crime qu’il commet!

‘ FIGARO

Comme il redouble de tendresse pour sa pupille Florestine! comme il fait surtout des efforts pour dénaturer sa fortune !

SUZANNE

Sais-tu , mon pauvre Figaro, que tu commences a radoter ?

Si je sais tout cela, qu’est-il besoin de me le dire ?

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