‹ Théâtre de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 363 sur 504 · ACTE I, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VI

BEGEARSS

Si vous ne m’aviez pas interdit de vous contrarier la-dessus, je vous dirais que votre second fils...

LE COMTE vivement Mon second fils ! je n’en ai point.

; BEGEARSS

Calmez-vous, monsieur ; raisonnons. La perte d’un enfant chéri peut vous rendre injuste envers lautre, envers votre épouse, envers vous. Est-ce donc sur des conjectures qu’il faut juger de pareils faits ?

Des conjectures? Ah! j’en suis trop certain! Mon grand chagrin est de manquer de preuves. Tant que mon pauvre fils vécut , j’y mettais fort peu d’importance. Héritier de mon nom, de mes places, de ma fortune..... que me faisait cet autre individu ? Mon froid dédain, un nom de terre, une croix de Malte, une pension, m’auraient vengé de sa mére et de lui. Mais concais-tu mon désespoir, en perdant un fils adoré, de voir un étranger succéder a ce rang, a ces titres; et, pour irriter ma douleur, venir tous les jours me donner le nom odieux de son peére ?

BEGEARSS

Monsieur, je crains de vous aigrir, en cherchant 4 vous apaiser ; mais la vertu de votre épouse...

LE COMTE avec colére.

Ah ! ce n’est qu’un crime de plus. Couvrir d’une vie exemplaire un affront te) que celui-la! Commander vingt ans, par ses meeurs et la piété la plus sévére, l’estime et le respect du monde, et verser sur moi seul, par cette conduite affectée , tous les torts qu’entraine aprés soi ma prétendue bizarrerie!... Ma haine pour eux s’en augmente.

BEGEARSS

Que vouliez-vous donc qu’elle fit? Méme en la supposant coupable, est-il au monde quelque faute gu’un repentir de vingt années ne doive effacer a la fin? Fates-vous sans reproche vous-méme? Et cette jeune Florestine, que vous nommez votre pupille , et qui vous touche de plus prés...

LE COMTE

Qu’elle assure donc ma vengeance! Je dénaturerai mes biens, et les lui ferai tous passer. Déja trois millions d’or, ar-rivés de la Vera-Crux, vont lui servir de dot; et c’est a toi qne je les donne. Aide-moi seulement a jeter sur ce don un voile impénétrable. En acceptant mon portefeuille, et te présentant

comme époux, suppose un héritage, un legs de quelque parent Cloigné.

BEGEARSS montrant le crépe de son bras,

Voyez que, pour yous obéir, je me suis déja mis en

deuil.

LE COMTE

Quand j jaurai ’agrément du roi pour l’échange entamé de toutes mes terres Espagne contre des biens dans ce pays, je trouverai moyen de vous en assurer la ppsepion. a tous

deux.

BEGEARSS vivement.

Et moi, jen’en veux point. Croyez-vous que, sur des soupcons... peuf-étre encore trés-peu fondés, j’irai me rendre le complice de la spoliation enliére de Phéritier de votre nom, dun jeune homme plein de mente) ? car il faut avouer qu'il

ena..

LE COMTE impatiente.

Plus que mon fils, voulez-vous dire? Chacun le pense

comme yous ; cela m7/irrite contre lui!.. .

BEGEARSS

Si votre pupille m’accepte , ef si, sur vos grands biens, vous prélevez, pour la doter, ces trois millions dor du Mexique, je ne supporte point Pidée d’en devenir propric¢taire , et ne les recevrai qu’autant que le contrat en contiendra la donation que mon amour sera censé lui faire.

LE COMTE le serre dans ses bras.

Loyal et franc ami! Quel époux je donne a ma fille!...

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