ACTE Ill, SCENE Il
BEGEARSS
Jugez de sa frayeur en voyant ces eidints amourenx l'un de Pautre! Ne pouvant dire son secret, ni supporter qu’un tel attachement devint le fruit de son silence, il est resté sombre, bizarre; et s'il veut éloigner son fils, c’est pour éteindre , s’il se peut, par cette absence et par ces voeux, un malheureux ainour qu’il croit ne pouvoir tolérer.
LA COMTESSE priant avec ardeur.
Source éternelle des bienfaits! 6 mon Dieu! tu permets qu’en partie je répare la faute involontaire qu’un insensé me fit commettre; que jaye, de mon cété, quelque chose a remettre a cet époux que j’offensai! O comte Almaviva! mon cour flétri, fermé par vingt années de peines, va se rouvrir enfin pour. toi! Florestine est ta fille; elle me devient chére comme si mon sein l’edt portée. Faisons, sans nous parler, |’6change de notre indulgence ! Oh! monsievr Bégearss, achevez!
Mon amie, je n’arréte point ces premiers élans d’un bon coeur : les émotions de Ja joie ne sont point dangereuses comme celles de la tristesse; mais, au nom de votre repos, écoutez-moi jusqu’a Ja fin.
LA COMTESSE
Parlez, mon généreux ami: vous a qui je dois tout, parlez. BEGEARSS.
Votre époux, cherchant un moyen de garantir sa Florestine de cel amour qu'il croit, incestueux, m’a proposé de V’épouser; mais, indépendamment du sentiment profond et malheureux que mon respect pour vos douleurs...
LA COMTESSE douloureusement.
Ah! mon ami, par compassion pour moi...
BEGEARSS
N’en parlons plus. Quelques mots d’établissement, tournés @une forme équivoque, cnt fait penser a Florestine qu’il était question de Léon. Son jeune cceur s’en épanouissait, quand un valet vous annonga. Sans m’expliquer depuis sur les vues de son pére , un mot de moi, Ja ramenant aux sévéres idées de la fraternité, a produit cet orage, et la religieuse horreur dont votre fils ni vous ne pénétriez le motif.
LA COMTESSE
Il en était bien loin, le pauvre enfant!
1 BEGEARSS
Maintenant qu’il vous est connu, devons- nous suivre ce
projet @une union qui répare tout?...
Beavumancaats,
LA COMTESSE viyement.
H faut s’y tenir, mon ami; mon cceur et mon esprit sont d’accord sur ce point, et c’est @ moi de la déterminer. Parla, nos secrets sont couverts; nul étranger ne les pénétrera. Aprés vingt années de souffrances, nous passerons des jours heureux, et cesta vous, mon digne ami, que ma famille les devra.
BEGEARSS éJevant la voix.
Pour que rien ne les‘ trouble plus, il faut encore un sacrifice, et mon amie est digne de Ie faire. .
__ LA COMTESSE
Hélas! je veux les faire tous.
BEGEARSS lair imposant.
Ces lettres, ces papiers d’un infortuné qui n’est plus, if faudra les réduire en cendres.
LA COMTESSE avec douleur.
Alt! Dieu! ;
BEGEARSS
Quand cet ami mourant me chargea de vous les remettre , son dernier ordre fut qu’il fallait sauver votre honneur, en ne laissant aucune trace de ce qui pourrait l’allérer.
EA COMTESSE
Dieu! Dieu! "
BEGEARSS
Vingt ans se sont passés sans que j’aye pu obtenir que ce triste aliment de votre éternelle douleur s’éloignat de vos yeux. Mais, indépendamment du mak que tout cela vous fait, voyez quel danger vous courez !
LA COMTESSE
Eh! que peut-on avoir a craindre?
BEGEARSS regardant si on peut l’entendre.
(Parlant bas.) Je ne soupeonne point Suzanne; mais une femme de chambre, instruite que vous conservez ces papiers, ne pourrait-elle pas un jour sen faire un moyen de fortune? Un seul remis a votre époux , que peut-étre il payerait bien cher, vous plongerait dans des malheurs...
LA COMTESSE
Non, Suzanne a le cceur trop bon...
BEGEARSS d’un ton plus clevé, trés-ferme.
Ma respectable amie, vous avez payé votre dette 4 la tendresse , 4 la douleur, a vos devoirs de tous les genres; et si vous étes satisfaite de la conduite dun ami, j’en veux avoir Ja récompense. II faut briler tous ces papiers, éteindre tous ces souvenirs d’une faute autant expiée! Mais , pour ne jamais revenir sur un sujet si doulonreux, j’exige que le sacrifice en soit fait dans ce méme instant.