LA COMTESSE, LEON, FLORESTINE
LA COMTESSE a Léon, Nous , mon fils, ne sachons jamais ce que nous devons igno- - rer. Tu pleures , Florestine!
: FLORESTINE pleurant.
Ayez pitié de moi, madame! Eh! comment soutenir autant d’assauts dans un seul jour? A peine j’apprends quije suis, qu’il faut renonceramoi-méme, et me livrer... Je meurs de douleur et deffroi. Dénuée objections contre monsieur Bégear's , je sens mon coeur 4Vagonie en pensant qu’il peut deveuir..... Cependant il le faut ; il faut me sacrifier au bien de ce frére chéri; 4 son bonheur, que je ne puis plus faire. Vous dites que je pleure! Ah! je fais plus pour lui que si je lui donnais ma vie! Maman, ayez pitié de nous! bénissez vos enfants! ils sont bien malheureux! (Elle se jette a genoux; Léon en fait autant. )
LA COMTESSE leur imposant les mains.
Je vous bénis, mes chers enfants. Ma Florestine, je t’adopte. Si tu savais a quel point tu m’es chére! Tu seras heurense , ma fille , et du bonheur de la vertu; celui-la peut dédomma-. ger des autres. (Ils se relévent. )
FLORESTINE
Mais croyez-vous, madame, que mon dévouement le raméne a Léon, a son fils? car il ne faut pas se flatter : son injuste prévention va quelquefois jusqu’a la haine.
LA COMTESSE
Chére fille, j’en ai Pespoir.
LEON
C’est l’avis de monsieur Bégearss : il me l’a dit ; mais il m’a dit aussi qu’il n’y a que maman qui puisse opérer ce miracle. Aurez-vous donc la force de lui parler en ma faveur?
LA COMTESSE. y
Je l’ai tenté souvent , mon fils, mais sans aucun fruit appa-
rent. ; LEON.
O ma digne mére! c’est votre douceur qui m’a nui. La crainte de le contrarier vous a trop empéchée d’user dea juste influence que vous donnent votre vertu et le respect profond dont vous étes entourée. Si vous lui parliez avec force, il ne vous résisterait pas.
LA COMTESSE
Vous le croyez, mon fils? je vais P’essayer devant vous. Vos reproches m/affligent presque autant que son injustice. Mais, pour que vous ne géniez pas le bien que je dirai de vous, mettez-vous dans mon cabinet; vous m’entendrez de 1a plaider me cause si juste: vous n’accuserez plus une mére de manquer d’énergie quand il faut défendre son fils! ( Elle sonne. ) Florestine , la décence ne te permet pas de rester: va t’en- — fermer ; demande au ciel qu’il m’accorde quelque succes, et rende enfin la paix a ma famille désolée. ( Florestine sort. )