ACTE V, SCENE VI
BEGEARSS tirant les effets de sa poche, et les remettant au notaire. Bees
En Ce cas , enregistrez-les ; que 1a donation soit entire! (Figaro retourné, se tient la bouche pour ne pas rire. M. Fal ouvre
le portefeuille, v remet les effets.) M. FAL montrant Figaro.
Monsieur va tout additionner, pendant que nous achéverons. (Il donne le portefeuille ouvert a Figaro, qui, voyant les effets, dit :) -
FIGARO air exalté.
Et moi j’éprouve qu’un bon repentir est comme toute bonne action , qu’il porte aussi sa récompense. BEGEARSS.
En quoi?
, FIGARO
Vai le bonheur de m’assurer. qu'il est ici plus dun, géné- . veux homme. Oh! que le ciel comble les veux de deux amis aussi parfaits! Nous n’avons nul besoin d’écrire. (Au comte.) Ce sont voseffets au porteur : oui, monsieur, je les reconnais. Entre monsieur Bégearss et vous , c’est un combat de générosité: ’un donne ses biens 4 l’époux, l'autre lesrend 4 sa future! (Aux jeunes gens.) Monsieur, mademoiselle! ah! quel bienfaisant protecteur , et que vous allez le chérir!..... Mais que dis-je? Yenthousiasme m/aurait-il fait commettre une indiscrétion offensante ? (Tout le monde garde le silence.)
BEGEARSS, un peu surpris, se remet, prend son parti, et dit.
Elle ne peut Pétre pour personne, si mon ami ne la désavoue pas, s'il met mon 4me a laise , en me permettant d’avouer que je tiens de lui ces effets. Celui-la n’a pas un bon coeur, que la gratitude fatigue ; et cet aveu manquait 4 ma satisfaction. (Montrant le comte.) Je lui dois bonheur et fortune ; et quand je les partage avec sa digne fille, je ne fais que lui rendre ce qui lui appartient de droit. Remettez-moi le portefeuille ; je ne veux avoir que l’honneur de le mettre a-ses picds moi-méme , en signant notre heureux contrat. (11 veut le reprendre.) :
FIGARO sautant de joie.
Messieurs, vous l’avez entendu? Vous téinoignerez s'il le faut. Mon maitre, voila vos effets; donnez-les 4 leur détenteur, si votre coeur l’en juge digne. (Il lui remet le portefeuille.)
LE COMTE se levant, a Bégearss.
Grand Dieu! les lui donner! Homme cruel, sortez de ma
maison; lenfer n’est pas aussi profond que vous! Grace a ce
bon vieux servitenr, mon imprudence est réparée : sortez & Vinstant de chez moi!
eas, BEGEARSS.
O mon ami, vous étes encore trompé!
LE COMTE hors de lui, le bride de sa lettre ouverte. Et cette lettre, monstre! m’abuse-t-elle aussi? BEGEARSS la voit; furieux, il arrache au comte lalettre, et se montre tel qu’il est.
Ah!... Je suis joué! mais fen aurai raison.
LEON
Laissez en paix une famille que vous avezremplie @horreur. BEGEARSS furieux.
Jeune insensé! c’est toi qui vas payer pour tous; je tap~ pelle au combat.
LEON vite.
Vy cours.
LE COMTE, vite.
Léon!
LA COMTESSE vite.
* Mon fils! :
FLORESTINE Vile.
Mon frére !
2 LE COMTE
Léon f je vous défends... (a Bégearss.) Yous vous étes rendu: indigne de ’honneur que vous demandez: ce n’est point par cette voie-la qu’un homme comme vous doit terminer sa vie.
( Bégearss fait un geste affreux, sans parler.) FIGARO arrétant Léon, vivement.
Non, jeune homme, vous n’irez point; monsieur votre pére a raison, et opinion est réformée sur cette horrible frénésie : on ne combattra plus ici que les ennemis de l’Etat. Laissez-le en proie a sa fureur ; et s'il ose Vous attaquer, défendez-vous comme d’un assassin. Personne ne trouve mauvais qu’on tue une béte enragée! Mais il se gardera de l’oser: homme capable de tant d’horreurs doit étre aussi liche que vil!
BEGEARSS hors de lui.
Malheureux !
LE COMTE frappant du pied.
Nous laissez-vous enfin? c’est un supplice de vous voir. (La comtesse est effrayée sur son siége; Florestine et Suzanne la ~ soutiennent; Léon se réunit a elles.) BEGEARSS les dents serrées.
Ou morbleu! je vous laisse; mais j'ai la preuve en main
de votre infame trahison! Vous n’avez demandé Vagrément