‹ Théâtre de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 454 sur 504 · ACTE I, SCENE vy · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE vy

ASTASIE.

O sort affreux , dont ’horreur me poursuit !

Du sein a’ une profonde nuit, Quelle clarté triste et nouvelle..

04 suis-je? Tout mon corps chancelle SPINETTE.

Dans le palais d’Atar Calpigi, qu’elle est belle!

ASTASIE se levant.

Dans le palais d’Atar! Ah! quelle indignité!

ATAR s’approche.

D’Atar qui vous adore.

ASTASIE.

Et c’est la récompense , O mon époux, de ta fidélité!

ATAR

Mes bienfaits laveront cette légére offense.

ASTASIE.

Quoi, cruel! par cet attentat , Vous payez la foi d’un soldat Qui vous a conservé la vie!

Vous lui ravissez Astasie !

(Levant les yeux au ciel.) Grand dieu ! ton pouvoir infini Laissera-t-il done impuni Ce crime atroce d’un parjure , Et la plus odieuse injure ?

O Brama! dieu vengeur!...' (Elle s’évanouit. Des femmes la soutiennent. On I’assied.) GALPIGI.

Quel effrayant transport !

UN ESCLAVE accourant, Le voile de la mort a couvert sa paupiére.

ATAR tirant son poignard., Quoi! malheureux, tu m’annonces sa mort!

Meurs toi-méme. (I1 le poignarde.) * ‘ (Courant vers Astasie.) Et vous fous, rendez 4 la lumiére L’objet de mon funeste amour.

A sa douleur tremblez qu’il ne succombe ; Répondez-moi de son retour,

* Lisez Chardin et les autres voyagcurs .

Ou je lui fais de tous une horrible hécatombe. ASTASIE,, revenant a elle, apercoit l’esclave renversé qu’on enléve, Dieux! quel spectacle a glacé mes esprits!

ATAR

Je suis heureux, vous étes ranimée.

Un lache esclave, par ses cris, M’alarmait sur ma bien-aimée ; De son vil sang la terre est arrosée :

Un coup de poignard est le prix De la frayeur qu’il m’a causée.

e ASTASIE joignant les mains.

O Tarare! 6 Brama! Brama!

(Elle retombe ; on V’assied.) ATAR.

Dans le sérail qu’on la transporte :

Que cent eunuques, 4 sa porte, Attendent les ordres d’Irza *.

C’est le doux nom qu’a ma belle j’impose ; C’est mon Irza, plus fraiche que la rose Que je tenais lorsqu’elle m’embrassa.

(Les esclaves noirs portent Astasie dans le sérail; tous la suivent.)

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