‹ Théâtre de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 482 sur 504 · ACTE Ill, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE Ill, SCENE VI

(Ul met son pied sur le corps de Tarare.)

Je sens que la fureur m’égare!...

(Il regarde Tarare.)

Malheureux négre, abject et nu, Au lieu d’un reptile inconnn Que du néant rien ne sépare , Que n’es-tu Podieux Tarare!

Avec quel plaisir, de ce flanc, Ma main épuiserait le sang!...

Si Pinsolent pouvait jamais connaitre Quels dédains il vaut a son maitre!

Et c’est pour cet indigne objet ,

C’est pour lui seul qu’elle me brave!...

Calpigi, je forme un projet :

Coupons la téte a cet esclave; - Défigure-la tout a fait:

Porte-la de ma part toi-méme.

Dis-lui qu’en mes transports jaloux , Surprenant ici son époux...

(11 tire le sabre de Calpigi.) CALPicI larréte et ’éloigne de son ami.

De cet horrible stratagéme , Ah! mon maitre, qu’espérez-vous ?

Quand elle pourrait s’y méprendre, En deviendrait-elle plus tendre?

En Vinquiétant sur ses jours , Vous la raménerez toujours.

ATAR furicux.

La ramener!. . J’adopte une autre idée ; Elle me croit ’4me enchantée :

Montrons-lui bien le peu de cas Que je fais de ses vains appas.

Cette orgueilleuse a dédaigné son maitre!

O le plus charmant des projets !

Je punis l’audace d’un traitre

Qui m’enleva le cceur de mes sujets,

Et javilis la superhe & jamais.

Calpigi?... :

CALPIGL trouble.

Quoi! seigneur !

ATAR

Jure-moi sur ton ame

” p’obéir.

CALPIGI plus trouble, Oui, seigneur.

ATAR

Point de zéle indiscret.

Tout 4 Pheure.

CALPIGI presque égaré, A Vinstant.

ATAR

Prends-moi ce vil muet, Conduis-le chez elle en secret :

Apprends-lui que ma tendre flamme La donne 4 ce monstre pour femme.

Dis-lui bien que j'ai fait serment Qu’elle n’aura jamais d’autre époux , d’autre amant. Je veux que ’hymen s’accomplisse :

Et si ’orgueilleuse prétend S’y dérober , prompte justice.

Qu’a son lit 4 Pinstant conduit, Avec elle il passe la nuit ; Et qu’a tous les yeux exposée, Demain, de mon sérail, elle soit la risée!

A présent, Calpigi, de moi je suis content.

Toi, par tes signes, fais que cette brute apprenne Le sort fortuné qui Pattend.

CALPIGI tranquillisé, Ah! seigneur, ce n’est pas la peine:

S’il ne parle pas, il entend.

ATAR, Accompagne ton maitre a la garde prochaine.

(Il se retourne pour sortir.) CALPIGI, en se baissant pour ramasser la simarre de l’empereur, dit tout bas a '‘Tarare :

Quel heureux dénodment!

(II suit Atar.) TARARE se reléve a genoux.

Mais quelle horrible scéne:

(Il éte son masque, qui tombe 4 terre loin de lui.) Ah! respirons.

ATAR revient a Vappartement d’Astasie d’un air menacant, et dit avec une Jjaie féroce, Je pense au plaisir que j’aurai, Superbe , quand je te verrai Au sort d’un Vieux négre liée, Et par cent cris humiliée!

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