‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 106 sur 487 · AURELLY, PAULINE, SAINT-ALBAN · texte numérisé non relu

AURELLY, PAULINE, SAINT-ALBAN

PAULINE inquiète.

Qu'a doue monsieur (le Mélac, mon oncle? il sort d'avec

122 LES DEUX AMIS

vous dans un état affreux. J'ai voulu lui parler, il s'est enfermé brusquement sans me répandre.

AURELLY.

Eh ! mon enfant , il se trouve un vide de cinq cent mille francs dans sa caisse , on ne sait ni comment, ni pourquoi. Je veux m'éclaircir : monsieur de Saint-Alban refuse le temps

nécessaire.

PAULINE effrayée.

Ah ! monsieur, si vous avez de ï'estime pour nous...

SAINT-ALBAN tendrement.

De l'estime î...

AURELLY.

Seulement jusqu'à demain; que je puisse découvrir...

PAULINE

Jusqu'à demain, monsieur... Nous refuserez - vous cette

grâce?

SAINT-ALBAN

Ah ! mademoiselle , je donnerais ma vie pour vous obliger : mais mon devoir a des droits sacrés que vous ne pouvez méconnaître , vous qui remplissez si bien tous les vôtres.

Différer d'un jour, est-ce une faveur incompatible... ?

SAINT-ALBAN

N'abusez point de votre ascendant : il ne convient à ma mission ni à mon honneur que je vous écoute plus longtemps.

PAULINE outrée.

Comme il vous plaira, monsieur; mais j'ai assez de confiance en l'honnêteté de monsieur de Mélac, pour croire qu'on se trompe à son égard , et qu'il n'aura besoin ni de l'appui de ses amis , ni des grâces de ses chefs.

SAINT-ALBAN

Puissiez-vous dire vrai, mademoiselle ! Mais, dans l'état où sont les choses , il n'est pas décent que j'accepte un logement dans cette maison. Pardon si je vous quitte.

AURELLY avec chaleur.

Et moi je ne vous quitte pas, en quelque endroit que vous alliez.

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