‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 118 sur 487 · ACTE III, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE V

AURELLY.

Si elle nous refuse ?

PAULINE

Nous ne l'en aimerons pas moins; mais n'ayons aucun reproche à nous faire.

AURELLY.

Tu l'exiges?

PAULINE vivement.

Mille, mille raisons me font un devoir de la connaître.

AURELLY d'une voix étouffée.

Ah ! ma Pauline !

PAULINE

Qu'avez-vous?

AURELLY.

Ta sensibilité m'ouvre l'âme! et mon secret.,.

PAULINE

Ne regrettez pas de me l'avoir confié.

AURELLY.

Mon secret... s'échappe avec mes larmes.

PAULINE

Mon oncle...

Ton oncle! Quels soupçons!

Tu vas me haïr.

Parlez !

O précieux enfant !

Achevez !

AURELLY.

PAULINE

AURELLY.

PAULINE

AURELLY.

PAULINE

AURELLY lui tend les bras.

Tu es cette fille chérie.

PAULINE s'y jette à corps perdu.

Mon père!

AURELLY ia soutient.

Ma fille! ma fille! la première fois que je me permets ce nom , faut-il le prononcer si douloureusement?

PAULINE veut se mettre à genoux.

Ah! mon père!

AURELLY la retient.

Mon enfant,... console-moi : dis-moi que tu me pardonnes

LES DEUX AMIS

le malheur de ta naissance. Combien de fois j'ai gémi de t'avoir fait un sort si cruel !

PAULINE avec un grand trouble.

N'empoisonnez pas la joie que j'ai d'embrasser un père si digne de toute mon affection.

AURELLY.

Eh bien ! ma Pauline! ma chère Pauline (car ta mère, que j'ai tant aimée, se nommait ainsi) ! ordonne, exige. Tu m'as arraché mon secret : mais pouvais-je disposer de ton bien sans ton aveu ?

PAULINE

C'est le vôtre , mon père. Ah! s'il m'appartenait !...

AURELLY.

Il est à toi : plus des deux tiers est le fruit de l'économie avec laquelle tu gouvernes cette maison. Prescris-moi seulement la conduite que tu veux que je tienne aujourd'hui. PAULINE vivement.

Peut-elle être douteuse? Mon père, allez, prenez ce bien; offrez ces effets à Saint-Alban ; qu'ils servent à le désarmer , . sauver nos amis.

AURELLY.

Que te restera-t-il ?

PAULINE

Vos bontés.

AURELLY.

Je puis mourir.

PAULINE

Cruel que vous êtes !

AURELLY la serre contre son sein.

Mon cœur est plein : le tien l'est aussi. Retire-toi. Il faut que je me remette un moment du trouble où cette conversation m'a jeté.

PAULINE avec un sentiment profond.

Ah ! Mélac!... Que je suis heureuse!... (Elle sort.)

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