‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 12 sur 487 · ACTE I, SCÈNE III. .'il · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III. .'il

LE BARON

Pardonnez-moi, ma sœur; voilà trois fois que vous le dites : j'irai en sortant de chez le capitaine Cowerly.

MADAME MURER

Comme il vous plaira pour celui-là; je ne m'y intéresse , ni ne veux le voir ici.

LE BARON

Comment ! le frère d'un homme qui va épouser ma fille !

MADAME MURER

Ce n'est pas une affaire faite.

LE BARON

C'est comme si elle l'était.

MADAME MURER

Je n'en crois rien. La belle idée de marier votre fille à ce vieux Cowerly qui n'a pas cinq cents livres sterling de revenu , et qui est encore plus ridicule que son frère le capitaine!

LE BARON

Ma sœur , je ne souffrirai jamais qu'on avilisse en nia présence un brave officier, mon ancien ami.

Fort bien ; mais je n'attaque ni sa bravoure, ni son ancienneté : je dis seulement qu'il faut à votre fille un mari qu'elle puisse aimer.

LE BARON

De la manière dont les hommes d'aujourd'hui sont faits , c'est assez difficile.

MADAME MURER

Raison de plus pour le choisir aimable

LE BARON

Honnête.

MADAME MURER

L'un n'exclut pas l'autre.

LE BARON

Ma foi , presque toujours. Enfin j'ai donné ma parole à Cowerly.

MADAME MURER

Il aura la bonté de vous la rendre.

LE BARON

Quelle femme! Puisqu'il faut vous dire tout, ma sœur , il y a entre nous un dédit de deux mille guinces : croyez-vous qu'on ait aussi la bonté de me le rendre ?

MADAME MURER

Vous comptiez bien sur mbn opposition , quand vous avez

fait ce bel arrangement ; il pourra vous coûter quelque chose, niais je ne changerai rien au mien. Je suis veuve et riche , ma nièce est sous ma conduite, elle attend tout de moi ; et depuis la mort de sa mère, le soin de l'établir me regarde seule. Voilà ce que je vous ai dit. cent fois; mais vous n'entendez rien.

LE BARON brusquement.

Il est donc assez inutile que je vous écoute : je m'en vais. Adieu , mon Eugénie : tu m'obéiras , n'est-ce pas ?

(11 la baise au front, et sort. )

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