‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 129 sur 487 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

PAULINE, MÉLAC fils.

(Pauline a entendu les dernières phrases de son amant; elle voit sa douleur, et s'approche avec une vive émolion.)

MÉLAC FILS l'aperçoit, et continue.

Qu'une stérile compassion ne vous ramène pas , mademoiselle. Je sais que je vous ai perdue; je connais toute l'horreur de mon sort. Laissez-moi seul à ma douleur,.

PAULINE

Cruel U.

MÉLAC FILS

Vos consolations ne pourraient que l'irriter.

PAULINE

Comme le malheur vous rend injuste et duri La crainte qu'on ne pense mal de vous, vous donne mauvaise opinion du cœur de tout le monde. Votre ardente vivacité vous a déjà fait manquer à mon oncle...

MÉLAC FILS avec feu.

Il insultait mon père. Avec quelle cruauté il lui développait tout ce que notre situation a d'odieux ! S'il n'eût pas été votre oncle...

PAULINE

Ingrat ! à l'instant où vous allez tout lui devoir ; pendant que son attachement lui fait payer toute la somme à Saint- Alban!

MÉLAC FILS avec jore.

Que dites-vous? Il nous sauve l'honneur?

PAULINE

Il va plus loin. . . son cœur , qui vous chérit. . .

MÉLAC FILS vivement.

Achevez , Pauline , achevez ; ne craignez pas de mettre le comble à ma joie. Il me donne sa nièce ?

PAULINE timidement.

Ah! Mélac... ne parlez plus de sa malheureuse nièce.

MÉLAC FILS

Comment ?

PAULINE

Sa tille

MÉLAC FILS

6a fille!

LES DEUX AMIS

PAULINE

Sa fille, fruit d'une union ignorée, qui vous connaît, qui vous aime , offre à votre père cent mille écus qu'elle tient des dons et des épargnes du sien...

MÉLAC FILS avec indignation.

Au prix de m'épouser !... Nous n'étions pas assez avilis ; il nous manquait cet opprobre.

PAULINE pleurant.

J'ai bien prévu que votre âme orgueilleuse rejetterait un pareil bienfait.

MÉLAC FILS furieux.

Il me fait horreur ; le service, et celui qui l'offre, et celle qui le rend, je les déteste tous... C'était donc pour cela qu'il éloignait toute idée de notre union? Il me gardait cette honte; il me méprisait, même avant que le malheur m'eût réduit à souffrir tous les outrages. Mais, je le jure à vos pieds, Pauline ; fûtelle cent fois plus généreuse, la fille sans nom, sans état, et désavouée de ses parents, ne m'appartiendra jamais.

PAULINE

Vous la connaissez mal ; elle n'a eu en vue que votre père.

MÉLAC FILS

Mon père ! Faut-il donc nous sauver d'une infamie par une autre? Vous pleurez, ma chère Pauline! craignez-vous que la nécessité ne me fasse enfin contracter un indigne engagement ?

PAULINE outrée.

Non, je ne suis plus même assez heureuse pour le craindre ; vous avez prononcé votre arrêt et le mien. Cette infortunée (pie vous insultez avec tant d'inhumanité...

MÉLAC FILS effraye.

Cette infortunée ?

PAULINE

Eile est devant vos yeux.

Vous ?

PAULINE tombant sur un siège.

J'avais le cœur percé de cette nouvelle, et vous avez achevé de le déchirer,

MÉLAC FILS à ses pieds.

O douleur ! . . Pauline , ne me tendiez-vous ce piège que pour me rendre aussi coupable?

PAULINE

Laissez-moi .

MÉLAC FILS

Pourquoi ne pas m'apprendre... ?

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