‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 131 sur 487 · SCENE XL · texte numérisé non relu

SCENE XL

AURELLY, PAULINE, MÉLAC fils. PAULINE à Mélac, avec effroi.

Voici mon père.

MÉLAC FILS va au-devant d'Aarelly.

Ah ! monsieur, si le plus amer repentir pouvait effacer de coupables emportements ! si le plus vif regret de vous avoir offensé...

AURELLY.

Offensé! non , mon ami; j'ai moins vu ta colère que l'honnête sentiment qui la rachetait. Ton respect filial m'a touché. — Demande à Pauline ce que je lui en ai dit.

MÉLAC FILS

Je connais les effets de votre amitié, et ma reconnaissance...

AURELLY .

Elle me plaît : mais tu ne m'en dois que pour ma bonne volonté; tout est bien loin d'être terminé.

PAULINE

Malgré vos offres ?

MÉLAC FILS

Qui a donc suspendu. . . ?

AURELLY.

La chose la plus étonnante. Je parle à Saint-Alban ; il accepte le payement ; mais il n'en allait pas moins écrire à sa compagnie. L'honneur, l'état, la survivance, tout était perdu.

MÉLAC FILS

Le cruel!

Grands débats. Il paraît se rendre. Je crois tout fini : je l'embrasse, en souhaitant de pouvoir l'obliger à mon tour. 11 me prend au mot : dans l'excès de ma joie , j'y engage mon honneur, (à Pauline.) Écoute la conclusion.

MÉLAC FILS à part.

Je tremble.

AURELLY.

« Vous avez une nièce charmante ; je l'aime , je l'adore , et « je vous demande sa main. »

154 LES DL\UX AMIS

PAULINE

Juste ciel '

MÉLAC FILS à part.

Je l'avais prévu.

AUllELLY à Pauliae.

Tu conçois quel a été mon embarras pour lui répondre.

PAULINE

Je vois le mal. 11 est irréparable.

AURELLY bas à Pauline.

Non; mais lorsqu'il m'a demandé ta main, je n'ai pas dû , sans te consulter, aller lui confier le secret de ta naissance. Je viens exprès pour cela* que lui dirai-je ?

PAULINE d'un ton réfléchi.

Croyez-vous qu'il traitât rigoureusement monsieur de Mélac , s'il était refusé ?

Refusé ! De quel droit le sommerais-je de sa parole , en manquant à la mienne? C'est bien alors que tout serait perdu... Mais que faire? il veut tout terminer à la fois, il attend une réponse.

PAULINE regarde Mélac, et dit en soupirant: Permettez qu'il la reçoive de moi. — Qu'il vienne.

MÉLAC FILS à part , avec effroi.

Qu'il vienne !

PAULINE

Il est important que je lui parle.

AURELLY.

Il sera ici dans un moment. Mon enfant , je connais tes principes , dispose de toi-même à ton gré : je ne puis mett re en de plus sûres mains des intérêts si chers à mon cœur.

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