‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 136 sur 487 · SAINT-ALBAN, PAULINE · texte numérisé non relu

SAINT-ALBAN, PAULINE

SAINT- ALBAN

Malheureuse ! à Dieu ne plaise que je voulusse vous obtenir à ce prix !

PAULINE

Cependant vous abusez de la reconnaissance que je dois à monsieur de Mélac, pour exiger ma main...

SAINT- ALBAN s'assied.

Faites-moi la grâce de vous souvenir que mon amour n'a pas attendu cet événement pour se déclarer. Vous savez si j'ai souhaité vous devoir à vous-même, à commencer ma recherche pour acquérir «votre estime...

PAULINE

Que vous comptez pour assez peu de chose.

SAINT- ALBAN

Daignez m'apprendre comment je prouverais mieux le cas que j'en fais.

PAULINE

Le voici, monsieur. Si vous croyez votre honneur engagé de rendre un compte rigoureux à votre compagnie, puis-je estimer un homme qui ne paraît se souvenir de ses devoirs que pour les sacrifier au premier goût qu'il veut satisfaire? Et si vous avez feint seulement de croire à cette obligation pour vous en prévaloir ici , que penser de celui qui se joue de l'infortune des autres, et fait dépendre l'honneur d'une famille respectable du caprice de l'amour, et des refus d'une jeune fille ?

SAINT-ALBAN un peu décontenancé.

Je n'ai à rougir d'aucun oubli de mes devoirs. Mais , en supposant que le désir de vous plaire eût été capable de m égarer... je l'avouerai, mademoiselle, je n'en attendais pas de vous le premier reproche.

PAULINE

Le premier ! vous l'avez reçu de vous-même , lorsque vous avez mis votre silence à prix.

LES DEUX AMIS

SAINT-ALBAN vivement.

Mon silence! Quelque importance qu'on y attache, il est promis sans conditions; et c'est sans craindre pour vos amis que vous êtes libre de me percer le cœur en refusant ma main.

PAULINE fermement.

Peut-être avez- vous cru que j'avais quelque fortune, ou que mon oncle suppléerait...

SAINT-ALBAN vivement.

Pardon , si j'interromps encore ; je me suis déclaré sur ce point. De tous les biens que vous pourriez m'apporter , je ne veux que vous : c'est vous seule que je désire.

Votre générosité, monsieur, excite la mienne; car il y en a , sans doute , à vous avouer ( quand je pourrais le taire ) un motif de refus plus humiliant pour moi que le manque de fortune.

SAINT-ALBAN

Votre père m'a tout dit. (Pauline paraît extrêmement surprise.)

Je vous admire, et voici ma réponse. Je suis indépendant: l'amour vous destina ma main, la réflexion en confirme le don , si votre cœur est aussi libre que le mien vous est engagé ; mais , sur ce point seulement , j'ose exiger la plus grande franchise.

PAULINE

Vous agissez si noblement, que le moindre détour serait un crime envers vous : sachez donc mon secret le plus pénible.

( Jls se lèvent, Pauline soupire et baisse les yeux.) Toute ma jeunesse passée avec Méiac ; la même éducation reçue ensemble ; une conformité de principes, de talents, de goûts, peut-être d'infortunes...

SAINT-ALBAN péniblement.

Vous l'aimez ?

PAULINE

C'est le dernier aveu que vous devait ma reconnaissance.

SAINT-ALBAN

A quelle épreuve mettez- vous ma vertu?

PAULINE

J'ai beaucoup compté sur elle.

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