ACTE V, SCÈNE XL 1G
toi ! dans tes soupçons sur ma probité , devais-tu quelque chose à ton coupable ami ?
MÉLAC FILS avec joie.
Ah, mon père!
SAINT-ALBAN
Eh bien , monsieur Aurelly ! — Puis-je accepter, en payement , le mandat que vous m'offrez?
MÉLAC PÈRE avec effroi.
Quel mandat?
AURELLY pénétré, à Saint-Alban.
Vous serez satisfait, monsieur : mon premier sentiment lui était bien dû ; le second me rend tout entier à mon malheur.
MÉLAC PÈRE
Voilà ce que j'ai craint!
Je n'avais à vous offrir, pour mon ami , que des effets qui se trouvent embarrassés: je reprends mon mandat. Votre argent est encore dans ma caisse, et Dieu me garde d'en user ! Dabins, reportez-le chez monsieur de Mélac, et moi.... je vais subir mon sort.
MÉLAC PÈRE
Arrêtez : je ne le reçois pas.
AURELLY.
Qu'est-ce à dire , Mélac ?
MÉLAC PÈRE
Malheureux Dabins ! . . . .
AURELLY.
Me croyez- vous assez indigne. . . ?
MÉLAC PÈRE
Monsieur de Saint-Alban! il serait horrible à vous d'abuser d'un secret que vous ne devez qu'à notre confiance. — Non je jure que l'argent n'y rentrera pas.
AURELLY.
Veux-tu me causer plus de chagrins que tu n'as espéré de m'en épargner ?
MÉLAC FILS avec ardeur.
Monsieur Aurelly, ne refusez point.
PAULINE
Monsieur de Saint-Alban!...
MÉLAC FILS à Saint-Alban.
Vous aimez la vertu.
Laisserez-vous périr son plus digne soutien ?
LES DEUX AMIS
AURELLY avec enthousiasme.
Que faites-vous , mes amis ? Pour m'empêelier d'être malheureux , vous devenez tous coupables. Oubliez-vous qu'un excès de générosité vient d'égarer l'homme le plus juste? Et s'il eut tort de toucher à cet argent , qui m'excuserait d'oser le retenir ?
MÉLAC PÈRE
Le consentement que nous lui demandons.
AURELLY.
Qu'il se laisse soupçonner? L'amitié t'a rendu capable de cet effort : mais si je n'ai pu, sans crime, accepter ce service de toi , quel nom mérite la séduction que vous employez tous pour l'obtenir de lui? ( a Saint- Alban. ) Vous êtes de sang-froid , monsieur, jugez-nous.
SAINT-ALBAN
De sang-froid ! Ah messieurs ! ô famille respectable ! me croyez-vous une âme insensible , pour l'attaquer avec cette violence? Vous demandez un jugement !.% .
MÉLAC FILS
Et nous jurons de l'accomplir.
SAINT-ALBAN
Il est écrit dans le cœur de tous les gens honnêtes ; permettez seulement que j'y ajoute un mot. — Aurelly, prouvez-moi votre estime en m'acceptant pour seul créancier.
Vous , monsieur î
SAINT-ALBAN
Je l'exige. Et vous, monsieur de Mélac, conservez votre place , honorez-la longtemps. Unissez à votre fils cette jeune personne , qui s'en est rendue si digne en sacrifiant pour vous toute sa fortune.
MÉLAC PÈRE
Ce serait ma plus chère envie. Mon fils l'adore ; et si mon ami ne s'y opposait paa. .
AURELLY confus.
Savez-vous qui elle est ?
MÉLAC PÈRE avec effusion.
J'aurais bien dû le deviner ! le cœur d'un père se trahit mille fois le jour. Elle est ta fille, ta généreuse lille, et je te la demande pour mon fils.
AURELLY.
Tu me la demandes ! Ah mon ami !
( Us se jettent dans les bras l'un de l'autre.)