‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 157 sur 487 · ACTE I, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV

LE COMTE

Heureux Figaro , tu vas voir ma Rosine ! tu vas la voir l Conçois-tu ton bonheur ?

FIGARO

C'est bien là un propos d'amant ! Est-ce que je l'adore , moi? Puissiez- vous prendre ma place !

Ah ! si l'on pouvait écarter tous les surveillants !

FIGARO

C'est à quoi je rêvais.

LE COMTE

Pour douze heures seulement !

FIGARO

En occupant les gens de leur propre intérêt, on les empêche de nuire à l'intérêt d'autrui.

LE COMTE

Sans doute. Eh bien ?

FIGARO rêvant.

Je cherche dans ma tête si la pharmacie ne fournirait pas quelques petits moyens innocents...

LE COMTE

Scélérat!

FIGARO

Est-ce que je veux leur nuire ? Ils ont tous besoin de mon ministère. Il ne s'agit que de les traiter ensemble.

LE COMTE

Mais ce médecin peut prendre un soupçon.

FIGARO

Il faut marcher si vite que le soupçon n'ait pas le temps de naître. Il me vient une idée : le régiment de Royal-Infant airive en cette ville.

Le colonel est de mes amis.

FIGARO

Bon. Présenfez-vous chez le docteur en habit de cavalier, avec un billet de logement ; il faudra bien qu'il vous héberge ; et moi, je me charge du reste.

LE COMTE

Excellent !

FIGARO

Il ne serait même pas mal que vous eussiez l'air entre deux vins...

LE COMTE

A quoi bon ?

FIGARO

Et le mener un peu lestement sous cette apparence déraisonnable.

LE COMTE

A «moi bon ?

FIGARO

Pour qu'il ne prenne aucun ombrage, et vous croie plus pressé de dormir que d'intriguer chez lui.

LE COMTE

Supérieurement vu ! Mais que n'y vas-tu, toi?

Ail ! oui, moi! Nous serons bien heureux s'il ne vous reconnaît pas, vous qu'il n'a jamais vu. Et comment vous introduire après?

LE COMTE

Tu as raison.

FIGARO

C'est que vous ne pourrez peut-être pas soutenir ce personnage difficile. Cavalier... pris de vin...

LE COMTE

Tu te moques de moi. (Prenant un ton ivre.) N'est-ce point ici la maison du docteur Bartholo, mon ami ?

FIGARO

Pas mal, en vérité; vos jambes seulement un peu plus avinées. (D'un ton plus ivre.) N'est-ce pas ici la maison...

LE COMTE

Fi donc ! tu as l'ivresse du peuple.

FIGARO

C'est la bonne; c'est celle du plaisir.

LE COMTE

La porte s'ouvre.

FIGARO

C'est notre homme : éloignons-nous jusqu'à ce qu'il soit parti.

LE COMTE ET FIGARO cachés ; BARTHOLO.

BARTHOLO sort en parlant à la maison.

Je reviens à l'instant; qu'on ne laisse entrer personne. Quelle sottise à moi d'être descendu! Dès qu'elle m'en priait, je devais bien me douter... Et Bazile qui ne vient pas! Il devait tout arranger pour (pie mon mariage se fît secrètement

Page 1