‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 162 sur 487 · ACTE II , SCIEE II · texte numérisé non relu

ACTE II , SCIEE II

FIGARO

Votre santé , madame ?

ROSINE

Pas trop bonne , monsieur Figaro. L'ennui me tue.

FIGARO

Je le crois; il n'engraisse que les sots.

Avec qui parliez-vous donc là-bas si vivement? Je n'eft tendais pas : mais...

Figaro.

Avec un jeune bachelier de mes parents, de la plus grande espérance ; plein d'esprit, de sentiments , de talents , et d'une figure fort revenante.

ROSINE

Oh ! tout à fait bien , je vous assure ! Il se nomme. . . ?

FIGARO

Lindor. Il n'a rien : mais s'il n'eût pas quitté brusquement Madrid , il pouvait y trouver quelque bonne place.

ROSINE étourdimenl.

Il en trouvera, monsieur Figaro; il en trouvera. Un jeune homme tel que vous le dépeignez n'est pas fait pour rester inconnu.

FIGARO à part.

Fort bien. (Haut.) Mais il a un grand défaut , qui nuira toujours à son avancement.

ROSINE

Un défaut, monsieur Figaro! Un défaut! en êtes- vous bien ûr?

FIGARO

Il est amoureux.

ROSINE

Il est amoureux I et vous appelez cela un défaut ?

FIGARO

A la vérité , ce n'en est un que relativement à sa mauvaise fortune.

ROSINE

Ah ! que le sort est injuste ! Et nomme-t-il la personne qu'il aime? Je suis d'une curiosité...

FIGARO

Vous êtes la dernière, madame, à qui je voudrais faire une ronfidence de cette nature.

ROSINE vivement.

Pourquoi, monsieur Figaro ? Je suis discrète. Ce jeune homme vous appartient , il m'intéresse infiniment... dites donc.

m LE BARBIER DE SÉVILLE,

FIGARO la regardant finement.

Figurez- vous la plus jolie petite mignonne, douce , tendre , accorte et fraîche, agaçant l'appétit ; pied furtif, taille adroite, élancée , bras dodus , bouche rosée, et des mains! des joues l Ses dents ! des yeux ! . . .

ROSINE

Qui reste en cette ville?

FIGARO

En ce quartier.

ROSINE

Dans cette rue peut-être ?

FIGARO

A deux pas de moi.

ROSINE

Ah! que c'est charmant... pour monsieur votre parent. Et cette personne est... ?

FIGARO

Je ne l'ai pas nommée ?

ROSINE vivement.

- C'est la seule chose que vous ayez oubliée, monsieur Figaro. Dites donc, dites donc vite; si l'on rentrait, je ne pourrais plus savoir...

FIGARO

Vous le voulez absolument , madame ? Eh bien ! cette personne est... la pupille de votre tuteur.

ROSINE

La pupille...?

FIGARO

Du docteur Bartholo : oui , madame.

ROSINE avec émotion.

Ah ! monsieur Figaro !. .. je ne vous crois pas, je vous assure

FIGARO

Et c'est ce qu'il brûle de venir vous persuader lui-même.

ROSINE

Vous me faites trembler, monsieur Figaro.

FIGARO

Fi donc, trembler! mauvais calcul, madame. Quand on cède à la peur du mal, on ressent déjà le mal de la peur. D?ailleurs , je viens de vous débarrasser de tous vos surveillants •usqu'à demain.

S'il m'aime , il doit me le prouver en restant absolument tranquille.

FiGARO.

Eh ! madame ! amour et repos peuvent-ils habiter en même

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