‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 169 sur 487 · ACTE II, SCENE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VII

comme hirondelle avant l'orage , pianissimo murmure et file, et sème en courant le trait empoisonné. Telle bouche le recueille , et piano, piano, vous le glisse en l'oreille adroitement. Le mal est fait ; il germe, il rampe , il chemine, et rinforzando de bouche en bouche il va le diable ; puis tout à coup , ne sais comment, vous voyez calomnie se dresser , sif* lier , s'enfler, grandir à vue d'oeil. Elle s'élance , étend son vol, tourbillonne , enveloppe , arrache , entraîne, éclate et tonne , et devient , grâce au ciel , un cri général , un crescendo public , un chorus universel de haine et de proscription. Qui diable y résisterait ?

BARTHOLO

Mais quel radotage me faites-vous donc là , Bazile ? Et quel rapport ce piano-crescendo peut-il avoir à ma situation ?

BAZILE

Comment , quel rapport? Ce qu'on fait partout pour écarter son ennemi , il faut le faire ici pour empêcher le vôtre d'approcher.

BARTHOLO

D'approcher ? Je prétends bien épouser Rosine avant qu'elle apprenne seulement que ce comte existe.

BAZILE

En ce cas, vous n'avez pas un instant à perdre.

BARTHOLO

Et à qui tient-il , Bazile? Je vous ai chargé de tous les détails de cette affaire.

BAZILE

Oui , mais vous avez lésiné sur les frais; et dans l'harmonie du bon ordre , unïtnariage inégal , un jugement inique , un passe-droit évident, sont des dissonances qu'on doit toujours préparer et sauver par l'accord parfait de l'or.

BARTHOLO lui donnant de l'argent.

Il faut en passer par où vous voulez; mais finissons.

Cela s'appelle parler. Demain tout sera terminé : c'est à vous d'empêcher que personne , aujourd'hui , ne puisse instruire la pupille.

BARTHOLO

Fiez-vous-en à moi. Viendrez-vous ce soir , Bazile ?

BAZILE

N'y comptez pas. Votre mariage seul m'occupera toute la journée ; n'y comptez pas.

BARTHOLO t'accompagne.

Serviteur.

BAZILE

Restez , docteur , restez donc.

BARTHOLO

Non pas. Je veux fermer sur vous la porte de la rue. SCÈNE IX.

FIGARO seul, sortant du cabinet.

Oh ! la bonne précaution ! Ferme , ferme la porte de la me; et moi je vais la rouvrir au comte en sortant. C'est un grand maraud que ce Bazile ! heureusement il est encore plus sot. Il faut un état , une famille , un nom , un rang , de la consistance enfin , pour faire sensation dans le monde en calomniant. Mais un Bazile ! il médirait , qu'on ne le croirait pas.

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